Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/917

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Cet été, à Londres, dans un petit théâtre tout plein d’un public très choisi, quelques sociétaires du Théâtre-Français jouaient l’Ami Fritz. Quand le rabbin, c’est-à-dire M. Coquelin aîné, en arriva à son éloquente tirade : «… Vous autres vieux garçons vous n’êtes que d’inutiles épicuriens. Voyez cette malheureuse race juive, persécutée partout, chassée de partout : c’est à la fécondité de ses femmes qu’elle a dû sa longue résistance, sa prospérité actuelle ! Et les Anglais, les Américains : ils n’ont pas craint de multiplier, et c’est pourquoi ils couvrent la terre de leurs peuples et de leur richesse ! » — quand il eut prononcé ces mots, avec une conviction assez communicative, il y eut dans le public un grand enthousiasme. Les spectateurs français applaudirent, d’un air un peu sceptique, mais les Français prennent facilement l’air sceptique, et surtout quand ils sont émus. Quant aux Anglais, ils étaient flattés, et le manifestèrent avec quelque énergie. Pour nous, nous approuvions leur orgueil. Nous avions encore dans la mémoire de vieux chiffres appris aux écoles, retrouvés depuis partout. Dans l’Angleterre proprement dite, — Englandand Wales, — la population était en 1840 de 16 millions. Elle atteignait 20 millions en 1860, 25 millions et demi en 1880 ; en 1890 elle était de près de 30 millions. L’accroissement a été