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qui le condamnaient à l’exil. Il a gardé jusqu’au bout la simplicité d’un cœur droit et fier. Il s’est éteint dans sa chambre de passage sans avoir rien perdu de sa majesté, laissant sûrement un vide dans son pays, restant pour l’Europe, pour la France un prince, dont le malheur a rehaussé le caractère et la dignité.


CH. DE MAZADE.

LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.

La liquidation de fin novembre a démontré une fois de plus qu’avec l’organisation actuelle du marché de Paris, un mouvement de baisse, sérieux et prolongé, ne saurait être possible, le cas d’un très grave événement, comme celui d’une guerre, étant naturellement réservé.

Il peut se produire une alerte de quelques jours, un coup de spéculation bien préparé, favorisé par les circonstances ; mais le mouvement s’épuise en très peu de temps et la réaction a lieu, immédiate, aussi brusque et violente que l’attaque, par le seul fait des rachats de ceux qui ont conçu et mené l’entreprise.

Ces derniers ne peuvent même réaliser les bénéfices convoités, que grâce à l’imprudence des spéculateurs de second ordre qui, intervenant au cours du mouvement pour en profiter, ils l’espèrent du moins, vendent encore alors que les vendeurs de la première heure ne songent plus qu’à racheter.

C’est ce découvert que l’on a pourchassé, traqué, le 1er et le 2 décembre, et qui a dû se liquider aux plus hauts cours, ou se résigner à payer d’un fort déport le douteux avantage de rester vendeur pour fin décembre. Ce qui a rendu surtout critique la position de ces spéculateurs est la sérénité avec laquelle les rentiers et les porteurs de titres de tout genre ont laissé passer la crise, sans s’émouvoir et sans sortir aucune valeur de leurs portefeuilles. Au plus fort de la baisse, les agens de change n’ont vu affluer à leurs guichets ni obligations des chemins de fer, de la Ville ou du Crédit foncier, ni inscriptions de rentes. Ils n’ont pas même vu leur clientèle se défaire en hâte de leurs fonds russes ou hongrois, ou de leurs obligations espagnoles.

On ne saurait dire cependant que la baisse qui avait été faite fût complètement dénuée de motifs plausibles. Il est bien vrai que l’emprunt russe avait été émis trop cher, et qu’il était mal classé, que le