Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/963

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crédit de la Russie devait en outre souffrir, dans une certaine mesure, de la terrible disette qui désolait quelques-unes des provinces de l’empire. Il était incontestable que les prix de tous les fonds et valeurs étaient bien hauts, et que les raisons de monter plus haut encore n’apparaissaient nulle part. A Londres, on craignait une tension monétaire ; à Berlin, une crise de crédit se préparait, et tout un groupe, puissant et riche, s’acharnait à la baisse sur le rouble. A Rome, on végétait dans une longue continuation du malaise économique. En Espagne, la hausse du change démolissait l’édifice fragile des cours élevés, si longtemps maintenus contre toute raison, sur l’Extérieure. A Paris même, certains faits conseillaient tout au moins la prudence, par exemple le ralentissement forcé des achats de la Caisse des dépôts et consignations pour les caisses d’épargne.

La plupart de ces raisons, si sérieuses qu’elles fussent, ne pouvaient exercer une action profonde sur les marchés. Une seule question devait décider de la hausse ou de la baisse ; la paix était-elle assurée ou menacée ? Or, le grand mouvement de dépréciation s’est effectué à l’heure même où les assurances pacifiques s’élevaient de toutes parts, à Londres, à Rome, à Vienne, à Berlin, où M. de Caprivi déclarait que jamais l’Europe n’avait eu devant elle la perspective aussi nette d’une longue tranquillité.

Dans ces conditions, la dépréciation ne pouvait être qu’éphémère. Bientôt, en effet, on s’aperçut que les autres motifs de crainte se dissipaient ou s’atténuaient. Non-seulement les grands achats de céréales en Amérique n’ont pas déterminé les envois d’or si redoutés au cours de l’été, mais la Banque d’Angleterre, au lieu d’avoir à élever létaux de son escompte à 5 et 6 pour 100, a dû cette semaine l’abaisser de 4 à 3 1/2 pour 100, phénomène qui ne s’était pas vu depuis près de vingt ans. Les capitaux disponibles surabondent à Londres et chez nous, et ne trouvent plus à s’employer en reports, même à des taux d’infime rémunération.

La hausse a donc repris l’ascendant depuis le 1er décembre. Les fonds français se retrouvent au plus haut, le 3 pour 100 à 96 francs, l’emprunt à 94-90, l’amortissable à 96.40, le 4 1/2 à 104.80.

En Espagne, le ministre des finances et le gouvernement préparent hâtivement un emprunt intérieur de 250 millions en rente 4 pour 100 amortissable. L’Extérieure s’est relevée de 1 fr. 50 à 67 francs.

Le Portugais, moins heureux, a reperdu une demi-unité à 33 4/2. Le gouvernement de Lisbonne a fait annoncer cependant, à plusieurs reprises, que les fonds étaient prêts pour le paiement intégral du coupon de janvier sur la dette 3 pour 100.

Les Tonds russes ont repris assez vivement : le 1880, de 1 1/2 pour 100 à 93.15 ; l’Orient, de 1 pour 100 à 62 1/2. Déjà en liquidation, le