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REVUE DRAMATIQUE

Théâtre du Vaudeville : Hedda Gabler, drame en 4 actes, en prose, de M. Henrik Ibsen, traduction de M. Prozor.


Hedda Gabler est la fille d’un général. Elle a été librement élevée, montant à cheval, tirant le pistolet, se laissant ou se faisant courtiser de si près, qu’une fois elle a dû menacer, de son pistolet précisément, un prétendant trop hardi, certain Eylert Loevborg, écrivain génial et ivrogne. Depuis, et par ennui seulement, Hedda a épousé un pauvre petit professeur ou docteur roux, ennuyeux, agaçant même et naïf : George Tesman. Pourquoi justement celui-là ? Parce que seul il a demandé la main d’Hedda ; les autres n’en demandaient pas tant. Le jeune ménage est revenu hier de son voyage de noces : lui, plus distrait, plus effaré que jamais, honnêtement et bourgeoisement ravi de retrouver sa vieille tante, ses vieilles pantoufles et ses vieux bouquins ; elle déçue, incomprise, exaspérée, et, circonstance aggravante, enceinte. A peine de retour, elle reçoit la visite d’une ancienne amie de pension, la douce, la blonde Théa Elvsted. Celle-ci lui avoue qu’elle a quitté son mari et ses enfans pour s’attacher au génie et à la personne d’Eylert Loevborg. Elle vit avec lui, tout près d’ici ; elle est sa muse et son bon ange ; grâce à elle, Eylert ne boit plus jamais et travaille toujours. Il travaille avec sa chère Théa, gardienne de son esprit et de son âme. Il vient, ou ils viennent de publier ensemble un livre qui fait grand bruit ; un autre va suivre, plus remarquable encore. Mais l’inquiète Théa, craignant toujours une rechute d’Eylert, venait prier les Tesman de veiller avec elle sur leur ami commun.

Eylert survient à son tour. Il a son manuscrit dans sa poche.