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PARNELL
SES AMIS ET SES ENNEMIS

ESSAI DE PSYCHOLOGIE POLITIQUE.

Il y a, pour les grands acteurs du théâtre de la politique, deux manières de finir. S’ils vivent très longtemps, ils subissent, de leur vivant, l’inévitable stage d’oubli ; ils traversent la région pâle et crépusculaire qui précède le grand jour de l’histoire. S’ils meurent jeunes, en pleine action, on ne les laisse point dormir dans leur tombe. On promène leurs restes comme un drapeau : heureux si on ne s’en fait point, dans la bataille, un bouclier ou un projectile ! Hamlet sent de la pitié pour cette argile qui fut César et qui sert à crépir un mur ou à boucher un tonneau. Mais il y a pire que cela, et le plus triste emploi qui puisse échoir à un mort est celui de cadavre politique.

C’est ce qui arrive aujourd’hui à Parnell. On aurait cru que le parnellisme, comme toutes les concentrations politiques formées non autour d’une idée, mais autour d’un homme, devait se dissoudre promptement après la disparition de son chef et que les deux fractions du home-rule se réconcilieraient aux funérailles du grand leader. C’était mal connaître cette terre de discorde, cette race vouée aux discussions stériles, chez qui les rancunes ont la vie plus dure que les principes. Donc, la querelle est plus âpre que