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LE TABAC


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L’usage du tabac est répandu dans le monde entier. Les fumeurs à eux seuls se comptent par centaines de millions. La culture du tabac couvre, sur le globe, près d’un demi-million d’hectares, et l’impôt qu’il supporte fait rentrer, chaque année, en France seulement, trois cents millions de francs dans les coffres de l’État.

Une coutume aussi générale, une habitude qui se maintient depuis tant d’années, malgré les attaques dont elle a de tout temps été l’objet, mérite qu’on la prenne au sérieux. Il importe de l’étudier sous toutes ses faces et de soumettre les différens élémens de la question à une analyse complète à l’aide des moyens d’investigation dont nous disposons aujourd’hui, car c’est un problème scientifique au premier chef. S’il intéresse la morale et la philosophie, si ses conséquences sociales sont du ressort des économistes, c’est aux sciences naturelles, à la physiologie et à l’hygiène qu’il appartient de leur fournir les bases expérimentales sur lesquelles peuvent se fonder leurs appréciations.

Il faut d’abord connaître la composition de ce produit, la façon dont il impressionne l’économie, les troubles passagers qu’il produit, les maladies qu’il peut faire naître ou aggraver, pour porter un jugement raisonné sur les inconvéniens de son usage. Il faut de plus aborder cette étude avec une indépendance d’esprit qu’il n’est pas facile de rencontrer. Les personnes qui n’ont jamais fumé parlent du tabac, comme les aveugles des couleurs ; les fumeurs ont pour leur habitude une indulgence bien naturelle, et