Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/473

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 janvier.

Si ce n’était un peu triste, et même humiliant pour ceux qui gardent leur foi au régime parlementaire comme au régime le plus digne d’un pays libre, ce qui arrive serait une comédie assez plaisante à suivre. Oui, vraiment, si ce n’était que nous avons tous plus ou moins notre place dans l’action et que les intérêts de la France sont en jeu, on pourrait s’amuser à voir comment tout se passe, quelle peine ont nos chambres à se débrouiller, à se retrouver au milieu des contradictions, des confusions et des difficultés qu’elles se créent elles-mêmes. Un voltigeur du radicalisme, ancien ministre s’il vous plaît, demandait récemment d’un ton léger et ironique si ce que nous voyons était « la politique d’affaires, » — cette politique d’affaires dont on nous parle si souvent. Eh ! non, ce n’est pas la politique d’affaires, au moins celle qu’on pourrait désirer et qui serait un bienfait public ; c’est la politique d’hommes, de partis qui jouent avec les affaires et avec les lois, qui n’écoutent que leurs passions ou leurs fantaisies sans calculer les dangers d’une interpellation agitatrice ou les conséquences d’un vote improvisé et qui, faute de rester dans la vérité des institutions, glissent à tout instant dans une sorte d’anarchie d’où ils ne savent plus comment se tirer. L’histoire n’a rien de nouveau. C’est ainsi que presque tous les ans, — et cette année encore plus peut-être que les autres années, — on se retrouve au même point, avec des semblans de conflits constitutionnels, sans avoir un budget, sans en avoir même fini avec ce tarif général des douanes qui peut être une révolution dans l’économie intérieure comme dans les rapports extérieurs de la France.

Ce n’est point sans doute, si l’on veut, une anarchie aiguë et violente. Elle n’a rien précisément de violent, elle ne va pas jusqu’à ces désordres extérieurs qui appellent la répression : elle se manifeste par des incohérences qui se font sentir partout, qui passent des esprits dans les pouvoirs publics et sont le signe d’une situation indécise ou mal