Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/557

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à la précision de ces règlemens, des plaines arides, comme celles de l’Attique, s’étaient changées, au moins par endroits, en des champs et des jardins fertiles.

Des hautes vallées aux plages marines, des cantons tournés vers l’archipel à ceux qui regardaient la mer Ionienne, des districts qui recevaient les vents du large aux vallées closes, le climat ne diffère pas moins que la physionomie du paysage. C’est ce que l’on sent très vivement, pour peu que l’on voyage en Grèce. Une fois, je m’en souviens, vers la fin de mars, j’avais à franchir la chaîne du Parnon pour gagner la Laconie ; le passage des cols fut des plus pénibles, même des plus dangereux. Je faillis rester dans les neiges, avec mon cheval et mes bagages. Le surlendemain, j’arrivais à Sparte ; le sentier que nous suivions traversait des fourrés où brillaient partout l’or des genêts et la blancheur de l’aubépine ; l’air était plein des senteurs de l’églantine et du chèvrefeuille. En descendant d’un millier de mètres, nous avions quitté l’hiver pour le printemps. Sur les rivages des golfes et dans les îles, l’écart est assez faible entre les températures moyennes des saisons froide et chaude. Au contraire, dans l’intérieur, dans des bassins fermés comme celui du Pénée thessalien et du lac Copaïs, on a des hivers rigoureux et des étés brûlans. Partout, en Grèce, dans la plaine comme dans la montagne, les orages sont fréquens, à certains momens de l’année. Les têtes des monts s’enveloppent soudain, vers la fin du jour, de nuages lourds et sinistres. On entend le grondement du tonnerre ; la pluie tombe avec violence pendant deux ou trois heures ; puis un coup de vent du nord balaie les vapeurs ; le soleil reparaît, et ceux mêmes sur qui s’est abattu ce déluge en croiraient à peine leur mémoire, s’ils ne voyaient le torrent, dont le lit était desséché depuis des mois, rouler à grand bruit une eau trouble où sont mêlées des herbes et des branches cassées.

Il est telle contrée, comme la vallée inférieure du Nil et celle du bas Euphrate, que caractérisent la simplicité de leur construction, la monotonie du dessin de leurs lignes d’horizon et la régularité avec laquelle les saisons s’y enchaînent et s’y succèdent, dans toute l’étendue d’un vaste territoire. Là où le sol et le climat sont ainsi constitués, les hommes ne se distinguent les uns des autres que par de bien légères différences ; ils ont à peu près tous même esprit et mêmes humeurs ; ils accomplissent tous les mêmes travaux au même moment et dans le même temps. Au contraire, dans les pays où, comme en Grèce, le sol a, si l’on peut ainsi parler, cent visages divers et le ciel ses caprices, où, dans une même journée, en descendant de quelque deux mille mètres, on passe des neiges qui blanchissent les cimes du Parnasse et du Taygète