Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/581

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Belgique un traitement de faveur pour ses fils et tissus de chanvre et consacrait un traitement différentiel déjà accordé aux fontes et aux houilles belges ; la Belgique, de son côté, réduisait à 0 fr. 50 par hectolitre ses droits de douane sur nos vins en fûts, à 2 francs ceux sur nos vins en bouteilles, elle abaissait de 20 pour 100 les droits sur nos soies. Cette convention, toutefois, n’était faite que pour quatre ans avec tacite reconduction. Ce traité ne fut pas voté sans une discussion animée au cours de laquelle M. Guizot, qui devait faiblir quelques années plus tard, prononça ces paroles d’homme d’État : « Lorsque les embarras industriels de la Belgique, lorsque la difficulté pour elle de vivre en sécurité et avec une mesure de prospérité qui est nécessaire aujourd’hui au repos des peuples, lorsque ces circonstances-là se présentent, il est de l’intérêt de la France de venir en aide à la Belgique, dût-il lui en coûter quelques sacrifices industriels ? » Quatre ans après, néanmoins, en 1846, la brève période prévue par le traité étant expirée, on revenait sur la concession faite à la Belgique pour ses toiles et ses fils.

Ce fut la politique de M. Guizot d’essayer de rattacher à la France par des traités de commerce les petits pays voisins. Il apporta seulement à cette œuvre moins de fermeté que de clairvoyance ; il préparait bien les traités, les rédigeait encore avec assez de vigueur, mais n’ayant pas le goût de la chute, il faiblissait devant les chambres et ne posait la question de cabinet qu’après des concessions qui enlevaient à ces accords internationaux une grande partie de leur signification et de leur efficacité. C’est ce qui arriva au traité de commerce entre la France et le Piémont en 1844. Nous nous engagions à diminuer d’un cinquième les droits sur les bestiaux sardes et convertissions la taxe par tête en taxe au poids, nous maintenions la franchise aux produits agricoles de la Sardaigne à l’entrée de l’Algérie. Nous obtenions, en revanche, des concessions, notamment pour nos vins et nos eaux-de-vie, ainsi que la garantie de la propriété artistique et littéraire. Ce traité, qui soulevait surtout l’opposition des agriculteurs, ne fut voté que grâce à la réduction à trois années de sa période de durée qui avait été primitivement fixée à six. Les chambres de ce temps retentissaient exactement des mêmes débats qu’aujourd’hui ; et l’on y entendait la grande voix de Berryer, soutenant, au nom de Marseille, la cause des graines oléagineuses exotiques, notamment du sésame qui a fait depuis une si brillante fortune.

Les hommes d’État les plus entêtés des droits de la production nationale, quand ils se trouvaient au pouvoir, n’échappaient pas à la nécessité de régler, par des conventions à tarifs fixes, nos relations avec certains pays de l’étranger ; c’est ce qui advint à M. Thiers en 1840 pour le traité de commerce avec la Hollande qu’il eut