Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/592

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à son régime douanier. La modicité des droits qu’elle faisait prévaloir dans le Zollverein était un moyen d’en tenir l’Autriche éloignée. Elle n’eût pas hésité un instant à y incorporer la Belgique, quelque préjudice qu’en dussent éprouver les filateurs ou les maîtres de forge du centre et du sud de l’Allemagne. Aujourd’hui encore, elle affronte le mécontentement des filateurs de Mulhouse par l’abaissement des droits sur les filés fins de Suisse pour gagner ce dernier pays à sa politique économique.

En 1879, M. de Bismarck, soit par la considération de certaines circonstances transitoires, soit aussi par des raisons personnelles, avait rompu avec la vieille tradition prussienne. Quand il se sépara du chef des libre-échangistes, M. Delbrück, il obéissait à son mépris habituel pour toutes les idées générales et toutes les doctrines fixes ; il cherchait, par des impôts indirects élevés, à procurer au gouvernement impérial des ressources indépendantes du vote annuel des États confédérés ; enfin, il est bien permis de croire que le grand propriétaire foncier trouvait son compte au triomphe du système protecteur et que, sans être une des causes conscientes de cette modification de régime, cette rencontre de l’intérêt personnel avec diverses considérations politiques ne nuisit pas au développement de la réaction économique.

Cette réaction ne pouvait durer indéfiniment. Le livre blanc que M. de Caprivi a soumis, le 7 décembre, au Reichstag, sur les traités de commerce entre l’Allemagne, d’une part, l’Autriche-Hongrie, l’Italie et la Belgique de l’autre, contient l’exposé très clair et très complet de la pensée directrice du gouvernement allemand. Le développement de la législation douanière protectionniste en France, en Russie et aux États-Unis a effrayé nos voisins. L’Allemagne est devenue un État industriel de premier rang. Il lui faut écouler au dehors le superflu de sa production manufacturière. La conclusion de simples conventions internationales, reposant seulement sur la clause de la nation la plus favorisée et sans fixation de tarifs, aurait laissé à l’Allemagne la possibilité de réserver son marché propre à la production intérieure, mais n’eût donné aucune garantie pour le maintien des débouchés extérieurs nécessaires à l’exportation. La stabilité des tarifs douaniers, que le monde des affaires a réclamée avec instance depuis des années comme la condition indispensable au développement bienfaisant du commerce international, ne peut être obtenue que par la voie de traités à tarifs conventionnels et à longue durée. Le gouvernement allemand a cru devoir « se prémunir à temps contre les conséquences d’une sorte de surenchère douanière universelle en Europe, alors que toute restriction fondée sur des traités eût fait défaut. » Le livre blanc se réfère à l’expression unanime des organes