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UN
PROCES CRIMINEL EN ANGLETERRE

L'AFFAIRE CONWAY


I

Vers sept heures, le mouvement des docks de Liverpool se ralentit et s’apaise. Peu à peu, sur cette immense ligne de quais qui s’étend d’une extrémité de la ville à l’autre, sur ces neuf kilomètres de hangars, d’entrepôts, de ponts tournans, de greniers à blé, le silence tombe, rompu çà et là par le départ bruyant et précipité de quelque attelage retardataire. L’heure a sonné, les gardiens vont fermer les grilles. Manœuvres, ouvriers, portefaix, tout ce monde du travail et de la misère qui a obéi pendant la journée à la voix brève des chefs et s’est plié silencieusement aux plus rudes besognes, remonte vers la sortie, épuisé de fatigue. La nuit vient, les veilleurs assujettissent avec soin les portes massives des magasins où s’amoncellent, laissées en un désordre pittoresque, les marchandises mises à terre, coton cerclé de fer de provenance américaine, fromens blancs et rouges que l’Inde envoie, et les produits délicats de l’extrême Orient et de la Chine, le thé, les