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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 février.

Serait-il vrai que dans ces courtes vacances d’hiver, pendant ces quelques jours de repos parlementaire, il y aurait eu de petites agitations, des semblans de crises, des brigues de pouvoir ? Est-ce qu’on serait déjà fatigué de cette stabilité ministérielle si souvent invoquée comme le premier des biens, et y aurait-il eu par hasard des manèges, d’obscures compétitions, des difficultés intimes autour du gouvernement ou dans le gouvernement lui-même ?

Est-ce possible ? on ne s’en douterait guère. S’il y a eu des conflits dans les conseils, ce sont dans tous les cas, si l’on peut ainsi dire, des conflits à distance, puisque nos ministres ne furent jamais plus dispersés qu’ils ne l’ont été depuis quelques jours. On les a vus partout, excepté à Paris. M. le président du conseil était hier à parcourir les côtes de la Méditerranée, visitant nos défenses des Alpes, inspectant forteresses et casernes, voyageant, sur notre escadre, de Nice à Toulon. M. le ministre de l’intérieur a gagné furtivement la Suisse, d’où, fuyant la neige, il s’est évadé vers Milan et Venise. M. le ministre de l’agriculture est parti pour Lisbonne et s’est arrêté, paraît-il, en chemin. M. le ministre de la justice, plus modéré dans ses goûts de voyage, s’est contenté d’aller revoir en bon bourgeois son département. M. le ‘président de la république a eu à peine de quoi tenir un conseil depuis quelques jours. — N’importe, dit-on, le fait est certain et avéré. M. le président du conseil, avant son départ, en est convenu dans un entretien mystérieux qu’il a eu avec ses amis du parlement. Le ministère se sent affaibli et malade ; il est sorti meurtri des récens débats des chambres et les dernières algarades de M. le ministre de l’intérieur au Palais-Bourbon n’ont pas relevé son prestige. Le moment est venu pour lui de se raffermir, de chercher des forces nouvelles, de combler quelques ambitions qui attendent. — Vous n’y êtes pas, dit-on d’un autre côté. L’idée d’un remaniement