Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/212

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de lire, n’est pas seulement une peinture délicate et fine par la savante et douce harmonie des colorations, mais aussi par l’expression jeune et attentive, par le dessin pur et délicat de la figure. MM. Priant et Muenier éprouvent plus de peine à envelopper leurs figures attentivement et minutieusement analysées dans une harmonie souple et chaude de belles colorations ; il faut dire qu’ils cherchent à leur donner un accent plus expressif et plus profond, et qu’ils aspirent à un art plus varié et plus élevé. Leurs efforts, même lorsqu’ils n’aboutissent pas complètement, sont toujours intéressans. Les Souvenirs par M. Friant (une vieille femme, assise dans l’herbe, pensive, au bord de l’eau, à côté d’enfans qui pèchent à la ligne), comme le Soir de Provence par M. Muenier (une jeune femme assise, sous les pins, devant la mer) montrent bien, chez tous deux, le même talent pour placer une figure réelle, d’une attitude calme et simple, d’une physionomie expressive, dans une lumière fine, au milieu d’un paysage exact et détaillé. Tous deux ont, dans le pinceau, plus de précision que de chaleur, et leur facture, attentive et minutieuse, ne laisse pas de sembler, par instans, quelque peu froide et pénible ; toutefois, M. Friant se rattrape par l’esprit des détails et la finesse de l’exécution, dans ses anecdotes familières et bourgeoises, comme M. Muenier par une sensibilité souvent heureuse d’œil et de main dans ses essais d’idylle rustique (l’Abreuvoir) ou ses études populaires (Vieux pêcheur d’oursins). La vivacité pittoresque est beaucoup plus vive, elle est même très vive, nous l’avons déjà dit, chez M. Dinet et chez tous ceux qui, comme lui, non contens du soleil parisien, ont été exciter et aiguiser leur passion pour la clarté sous le ciel d’Orient, MM. Armand Point et Girardot, par exemple. La jeune femme et la fillette nues, se préparant au bain devant des touffes de lauriers-roses (Au bord de l’Eurotas) par le premier, sous un soleil aveuglant, sont de jolies figures, d’un goût poétique et fin, dont on appréciera peut-être mieux le charme lorsque cet éblouissement de colorations fraîches sera un peu calmé. M. Point joint d’ailleurs au culte du soleil le culte des maîtres primitifs, ainsi qu’on le peut constater dans une étude de fillette brune et maigriote qu’il intitule Puberté. C’est ce qui le sauvera, lui et ses camarades. M. Girardot, en Orient, a fait aussi de grands progrès. Ses cadres réduits lui permettent de serrer son dessin et de nuancer ses colorations avec une science qu’il n’avait pas autrefois. Nous préférons beaucoup certaines sécheresses prouvant actuellement chez lui la conscience, l’effort, le développement, à la mollesse vague de ses premières peintures. Comme MM. Muenier et Friant, il poursuit la délicatesse dans l’exactitude, mais il est plus coloriste et plus