Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/582

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s’élevaient maintenant en grand nombre des édifices religieux, des églises et des cloîtres, que les nouveaux souverains de l’Andalousie tenaient à honneur de construire, comme autant de témoignages de leur foi victorieuse et que, de leur mieux aussi, ils s’efforçaient de décorer de tableaux et de sculptures. Il avait bien fallu pour cela réclamer, au début, le concours des étrangers, car les luttes opiniâtres, qui pendant longtemps avaient absorbé l’activité de la population, ne laissaient que peu de place à la pratique des arts. Mais avec la prospérité croissante et la tranquillité, le goût s’était peu à peu développé et Séville compta bientôt parmi ses habitans, surtout parmi les membres du haut clergé, des lettrés, des amateurs éclairés comme cet archevêque de Castro qui fut le Mécène des poètes et des artistes, ou encore ce Pedro de Valderrama, prieur des Augustins, qui, partageant, les heures de sa journée de travail entre l’étude, la prédication et l’administration de son ordre, trouvait encore le temps de bâtir à Malaga, à Grenade, et à Séville même, de nombreuses maisons religieuses, comptant bien qu’en reconnaissance de tous ces édifices élevés en son honneur, Dieu lui réserverait une demeure dans le ciel.

Cependant ce n’est guère que vers le milieu du XVIe siècle que le mouvement de la Renaissance s’était sérieusement fait sentir à Séville, à la suite des migrations de plus en plus fréquentes des artistes espagnols en Italie. Les grands maîtres de ce pays, Raphaël, Corrège, Michel-Ange étaient admirés par eux comme des prodiges, ce dernier surtout dont la force, la gravité et la vigoureuse éloquence étaient si bien faites pour les séduire. Luis de Vargas, un des premiers, inaugurait chez ses compatriotes l’étude du nu et les doctrines qu’il avait puisées à Rome chez Perino del Vaga. Mais on a peine à comprendre aujourd’hui l’engouement qu’excitèrent à cette époque ses tableaux dépourvus d’originalité, véritables pastiches où, à côté de ce mélange de réalisme vulgaire et d’aspirations idéales qui restera un des traits de l’école espagnole, on rencontre des réminiscences flagrantes des maîtres italiens et même des morceaux entiers empruntés à des gravures faites d’après leurs compositions. C’est chez un élève de Vargas, Luis Fernandez, dont les œuvres ont aujourd’hui disparu, que se formèrent Herrera et Pacheco qui devaient être successivement les maîtres de Velazquez.

Herrera le Vieux (1576-1656) auquel dès l’âge de treize ans il fut confié, était alors dans tout l’éclat de sa popularité. Architecte et graveur en même temps que peintre, il montrait dans la pratique de ces différens arts l’énergie et la rudesse qui étaient le fond même de son tempérament et qui, dans le cours de sa vie agitée,