Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/581

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sur Velazquez, nous a donné de lui en 1888 une excellente monographie dans la collection des Artistes célèbres ; et l’an dernier encore, dans une étude d’ensemble sur l’histoire de la peinture espagnole, il réunissait, en les résumant avec une grande sûreté de goût, les informations que nous possédons aujourd’hui sur les maîtres de cette école. Profitant à son tour des recherches et des découvertes de ses devanciers, M. G. Justi, dans le beau travail qu’il a consacré à Velazquez, — certainement un des livres les plus remarquables que la critique d’art ait produits de notre temps, — lui élevait un véritable monument. Avec une conscience scrupuleuse, M. Justi, pendant des séjours réitérés en Espagne, a fouillé toutes les archives, consulté tous les documens. Il connaît à fond l’histoire, la littérature et les mœurs du pays ; il a vu et revu tous les tableaux de Velazquez ; et dans l’étude si complète qu’il a tracée de la vie du peintre, de son œuvre et de son temps, on sent, avec une rare indépendance de jugement, cette autorité particulière que donne la connaissance parfaite d’un sujet. Tant de qualités, jointes à une admiration bien légitime pour le maître qui lui a inspiré son livre, en rendent la lecture aussi instructive qu’attachante. C’est en m’aidant de secours si précieux et en faisant à M. Justi de larges emprunts que je voudrais étudier la physionomie de Velazquez, et m’arrêter surtout à celles de ses œuvres qui me paraissent le mieux caractériser son génie.


I

Diego Rodriguez de Silva, plus connu sous le nom de Velazquez qu’il tenait de sa mère, naquit à Séville où il fut baptisé le 6 juin 1599, dans la paroisse de San Pedro. Il descendait d’une ancienne famille portugaise, un peu appauvrie au service de la couronne, mais qui possédait encore quelque aisance, puisqu’elle vivait de ses revenus. L’enfant avait reçu une bonne éducation et il réussissait dans toutes ses études. Cependant comme il manifesta de bonne heure son goût pour la peinture, son père n’avait mis aucun obstacle à sa vocation.

La situation de Séville, — qui faisait d’elle l’entrepôt des marchandises venues du Nouveau Monde, — l’étendue de son commerce et la fertilité de ses campagnes avaient amené chez elle une grande richesse. On vantait partout la vaillance de sa noblesse, la grâce et la beauté de ses femmes, cet air plus subtil qu’on y respirait. Il semblait qu’à ses qualités natives, la race joignît ici je ne sais quelle finesse de goût et comme une courtoisie plus chevaleresque qui lui venait des Maures, ses anciens maîtres. A côté des monumens qu’ils avaient laissés de leur occupation,