Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/587

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d’enseignement, je le mariai à ma fille, séduit par sa jeunesse, sa droiture, ses bons instincts, et par les espérances que m’inspirait son génie naturel. » En effet, le 3 avril 1618, âgé seulement de 19 ans, Velazquez épousait la fille unique de Pacheco, cette Juana qu’il avait vue grandir à côté de lui et de laquelle il s’était sans doute épris peu à peu. Un portrait peint par lui et qui appartient au musée du Prado, — (n° 1086), — passe pour la représenter. C’est un honnête visage, coiffé d’une abondante chevelure. Les traits sont fins et respirent la bonté. On sent qu’elle fut pour l’artiste une compagne dévouée et fidèle. Lui-même d’ailleurs devait être un mari excellent, et si quelques années après il eût pu aspirer à un parti plus avantageux, il n’en laissa jamais rien paraître, et demeura toute sa vie très attaché à son intérieur.


II

L’existence de Velazquez semblait désormais toute tracée, modestement renfermée dans le cercle de sa famille et la pratique de la peinture. Il comptait, du reste, parmi les relations de son beau-père, bien des hommes distingués et des artistes éminens qui, avec le temps, le recherchaient lui-même pour son affabilité et son talent. Le célèbre sculpteur Montañes était l’ami de Pacheco ; et Alonso Cano, après avoir successivement reçu des leçons de tous deux, devenait le camarade de Velazquez. Ce dernier s’était aussi lié intimement avec Zurbaran, qui fréquentait l’atelier du peintre Juan de las Roëlas. Les deux jeunes gens étaient, à un an près, du même âge, et leurs familles étaient unies. Il est probable que les affinités de leur caractère aussi bien qu’un égal amour pour l’art qu’ils pratiquaient firent naître entre eux une étroite amitié, car plus tard, quand il fut devenu le favori de Philippe IV, Velazquez se souvint de son ancien compagnon d’étude à Séville, et il essaya de l’attirer auprès de lui à la cour. Pour le moment il semblait que tous deux dussent suivre une même carrière et se consacrer exclusivement à la peinture religieuse qui, en dehors de la capitale, pouvait seule défrayer leur activité. Pacheco était bien posé dans l’opinion pour assurer à son gendre des commandes suffisantes. Séville, d’ailleurs, était alors le principal centre de la dévotion on Espagne. Les églises, les chapelles et les couvons s’y étaient de plus en plus multipliés, et dans les douze premières années du siècle, on n’y avait pas fondé moins de neuf maisons monastiques. En 1613, le jour de la Nativité, un frère prêcheur ayant fait un sermon en l’honneur de l’Immaculée Conception, un mouvement passionné se produisit en faveur de cette croyance parmi la population. Deux tableaux destinés à la