Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 126.djvu/102

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seulement utiles à la société par la fortune personnelle qu’ils ont, mais encore et surtout par toute l’activité productive qu’ils suscitent autour d’eux et qu’ils dirigent. Les sommes qu’ils gagnent personnellement ne sont qu’une parcelle de l’ensemble des valeurs qui ont été créées grâce à leur esprit d’initiative, à leur puissance de combinaison, et qui n’auraient pas existé sans eux. Nous avons prouvé souvent que, dans bien des cas, la fortune d’un homme doué de beaucoup d’ingéniosité et de fécondité d’esprit ne représente qu’un courtage insignifiant, quelquefois moins de 1 pour 100, sur l’ensemble des valeurs qui ont dû leur naissance à ses qualités propres, à son esprit de direction, à sa force de combinaison, et dont le monde eût été privé, sinon perpétuellement, du moins pendant un temps qu’on ne peut calculer, si les efforts de cet homme ne s’étaient pas produits. L’objection que nous avons rapportée s’arrête ainsi aux apparences et ne tient nullement compte de ce qui doit surtout préoccuper l’homme réfléchi, à savoir les effets indirects, différés et prolongés d’une cause déterminée. Un économiste anglais très subtil. M. Marshall, a écrit que l’économie politique est la science des mobiles humains, appliqués à la production des richesses. On méconnaît cette ingénieuse et en grande partie exacte définition, quand on suppose que la production resterait identique, si l’on venait à supprimer quelques-uns des mobiles qui la déterminent.

En résumé, on peut regarder comme une quasi certitude que les efforts surérogatoires, exceptionnels, que suscite le désir du luxe augmentent singulièrement la puissance productive de l’humanité, même pour les objets nécessaires.

3° Le luxe a été l’introducteur de tous les progrès dans la demeure, dans le mobilier, dans les arts, dans les fleurs et les fruits. L’embellissement très légitime de la vie humaine donne aux hommes le sentiment et le goût de la variété, de certains changemens : ce sont des conditions très propices à l’activité et aux perfectionnemens. Le luxe fait descendre dans toute l’échelle sociale le goût des decencies, objets de convenance élégante, qui vont souvent avec la propreté et l’hygiène, et qui, s’ils n’en sont pas les conditions nécessaires, se trouvent souvent être leurs introducteurs.

Sans revenir sur ce que nous avons dit à ce sujet, constatons que, dans nombre de villages et de fermes, pour ne pas parler de beaucoup de quartiers des grandes villes, il serait désirable qu’un certain luxe de la demeure, du mobilier et parfois du vêtement pénétrât. De proche en proche, par la force de l’esprit d’imitation, l’exemple des classes supérieures, et grâce aux progrès industriels, il s’y introduira.