Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 126.djvu/121

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pinceau, à foute heure, en Imite saison, et, en lui, le témoignage du paysagiste a renforcé les convictions du croyant. Après quelques années d’études minutieuses sur place, il écarte définitivement bien des doutes qu’avant, son départ il était près d’admettre. Ses amis de Londres s’en étonnent, s’en scandalisent, mais il leur répond délibérément : Eh ! sans doute, chez les prophètes il y a des obscurités, il y a des erreurs, mais qu’importe ? « Je peux, sans manquer de respect, concéder que les enfans auxquels les messages du Père furent transmis, ont bégayé, ont hésité et se sont exprimés seulement avec les lumières de leur âge ; mais à travers tous ces bégaiemens, je reconnais un commandement divin, un ordre du Père, qui nous dit de croire et d’espérer. Des frères, des sœurs acceptent l’autorité du Père ; ils apprennent qu’il est là, tout près, quoique la bouche de celui qui le leur annonce, et qui n’est qu’un petit enfant comme eux, exprime cette vérité à sa façon. » Ainsi parle l’artiste dans ses Souvenirs, et en s’avançant ainsi jusque dans le domaine de l’exégèse et de la théologie, il ne croit pas avoir quitté celui de l’esthétique. En disant ce qu’il y a au fond de son cœur, il raconte ce qui vient au bout de son pinceau. Car M. Hunt est la conscience faite peintre. Il ne peint que ce qu’il croit. Et c’est parce qu’il croyait au Christ que, presque seul en Angleterre, il a fait de la peinture chrétienne.

Mais si ses sujets sont rigoureusement chrétiens, ils échappent aux attributions habituelles. Ils jetteraient la stupéfaction et peut-être le scandale dans lame des cliens de cette imagerie pieuse qui, selon le mot d’un artiste, exprime bien mieux l’agonie de l’art que celle du Sauveur. Ses plus fameuses toiles représentent des scènes que lui seul a peintes, parce que seul il les a imaginées. Le Christ qui frappe à une porte, la nuit avec une lanterne, le berger mercenaire qui montre un papillon à sa compagne, au lieu de préserver ses moutons des herbes vénéneuses et de la dent du loup, le bouc qui s’enlize sur les bords de la Mer-Morte, la Vierge qui aperçoit l’ombre d’une croix sur le mur, les Innocens qui accompagnent la fuite en Egypte, voilà autant de thèmes dont on trouverait bien dans les livres saints plusieurs justifications, mais non dans les catalogues de musées beaucoup d’exemples. Il existe bien quelques gravures allemandes du : « Ecoutez : Voici que je me tiens à la porte et que je frappe ! » mais l’Ombre de la mort et le Triomphe des Innocens n’existent guère que dans l’œuvre de M. Holman Hunt. Le Christ, par exemple, qu’on voit dans l’Ombre de la mort est un Christ ouvrier. Sans doute on avait, avant Holman Hunt, représenté Jésus enfant chez son père le charpentier, mais non pas travaillant, ou, s’il travaillait, plutôt en manière de jeu,