Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 126.djvu/31

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Marie-Thérèse, parce que Frédéric, en le lâchant sans le prévenir, mettait le comble à ses outrages ? Faut-il croire aussi que sous l’empire de l’impatience que cet embarras leur causait, ils étaient disposés à entrer eux-mêmes dans la pensée que Stahremberg leur suggérait et à voir dans cette convention de malheur, source de tant d’ennuis, le premier jalon posé par l’ambition prussienne dans une voie nouvelle de convoitises et de conquêtes ? Stahremberg s’en flatte, et assure dans sa dépêche, qu’il avait, depuis l’ouverture de la négociation, si bien travaillé leur esprit dans ce sens, leur avait si bien l’ail, peur de l’humeur turbulente et tracassière du roi de Prusse, qu’il s’était mis en mesure de profiter du premier faux pas que ce prince pourrait faire et de la première prise qu’il pourrait donner contre lui.

Quoi qu’il en soit, et quel que fût le motif de leur émotion, elle était telle que, tout en continuant à tenir sur la convention si sévèrement interprétée un langage officiel, — en affirmant qu’il fallait attendre de la connaître pour la juger, — on insistant même sur les protestations amicales que le roi de Prusse prodiguait à Nivernais, ils laissèrent pourtant voir qu’ils avaient eux-mêmes peu de confiance dans ces réserves. Et, en fin de compte, ils ne repoussèrent nullement la pensée de revenir (si les craintes qu’on leur exprimait étaient justifiées) au premier projet autrichien, dont, à la vérité, n’ayant pas bien connu la nature, ils n’appréciaient peut-être pas suffisamment le caractère agressif. Quelques paroles dans ce sens échappées peut-être inconsidérément causèrent à Stahremberg trop de satisfaction pour qu’il ne fut pas pressé de les relever.

Mais il aurait voulu les voir confirmées par Bernis, dont le crédit et le jugement avaient plus de poids à ses yeux que l’opinion de ses médiocres collègues. Il l’attendait à dîner le lendemain, et aborda tout de suite le sujet avec lui, en commençant par lui montrer les dernières instructions qu’il avait reçues et qu’il n’avait pas fait voir à Rouillé, parce qu’évidemment elles ne convenaient plus à la situation. Mais il le priait de les mettre sous les yeux du roi, pour le faire juge du degré où l’impératrice avait poussé la condescendance pour ses désirs, puisqu’elle allait jusqu’à faire à l’Angleterre une grave injure qui ne lui serait pas pardonnée. C’était au roi à voir maintenant si le premier projet qui lui avait été soumis et qui contenait tant d’avantages pour sa couronne, n’était pas véritablement conçu dans l’intérêt des deux puissances, également menacées par une ambition aujourd’hui mise à découvert, et si, éclairé par l’expérience, il n’était pas temps d’y revenir.

Bernis, tout en se montrant touché de la confiance, resta plus