Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 126.djvu/700

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Pillards, chassés du Nord pour actions perverses
Et routiers vagabonds d’origines diverses.
Et tous se sont rués en affamés sur nous !
Et ce boucher tondu, le sang jusqu’aux genoux,
Pourvoyeur de la tombe et monstrueux apôtre.
Le goupil d’une main et la torche de l’autre.
Sans merci ni relâche, en son furieux vol,
A promené massacre, incendie et viol !
Frères, souvenez-vous ! Nos villes enflammées
Vomissent au ciel bleu cris, cendres et fumées ;
Nos mères, nos vieillards, nos femmes, nos enfans.
Par milliers, consumés dans les murs étouffans.
Pendus, mis en quartiers, enfouis vifs sous terre.
Font du pays natal un charnier solitaire i
D’où les corbeaux repus s’envolent, et qui dort
Dans l’horreur du supplice et l’horreur de la mort,
Mais qui gémit vers Dieu plus haut que le tonnerre !
Or, voici l’égorgour et le tortionnaire.
La Justice tardive en nos mains Fa jeté.
Parle donc. Moine, au seuil de ton éternité!
L’heure est proche. Réponds. Repens-toi de tes crimes.
Et que Jésus t’absolve au nom de tes victimes ! —



Et le Moine écoutait l’homme impassiblement.
Tête haute, au milieu d’un sourd frémissement
De vengeance certaine et de plaisir farouche.
Puis, un amer mépris lui contractant la bouche
Et gonflant sa narine, il parla d’une voix
Grave et dure :



                          — J’entends un insensé ! Je vois
De galeuses brebis, loin du Berger qui pleure,
Dans la vivante mort s’enfoncer d’heure en heure
Et je leur dis ceci par ultime pitié :