Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/125

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assortiment, qu’il s’en aille. S’il demande autre chose que ce qu’on a, c’est sa faute ; qu’il cherche chez le voisin : on ne lui indiquera pas l’adresse, on ne lui promettra pas d’être mieux en règle une autre fois. Si, par bonheur, l’acheteur réclame un paquet de chandelles, et qu’il y en ait dans la boutique, on cédera la marchandise, au prix courant depuis cinquante ans, et de l’air dont on rend un service presque désagréable. Pour ma part, je n’en fais pas un reproche à l’Espagne, encore moins à Salamanque la rose : la race est douée pour autre chose, et sa mission n’est pas de vendre.

Entre mes courses chez l’imprimeur, j’ai visité l’Université. Elle a sa petite entrée en face du portail de la cathédrale. On pénètre sous une voûte, et presque immédiatement dans un grand cloître à deux étages, dont les baies sont vitrées, et autour duquel sont distribuées des salles de cours et la chapelle en bas, d’autres salles et la bibliothèque en haut. Les étudians viennent de rentrer. Ils sont répandus par groupes, le long des cloîtres, attendant le résultat des examens que passent leurs camarades. Les épreuves ne sont-elles pas publiques, ou est-ce une coutume de laisser le candidat seul devant ses juges ? Je l’ignore. Mais quand j’ai tourné le bouton d’une porte, je me trouve dans une vaste pièce, garnie de madriers profondément entaillés, sculptés, perforés, qui sont des bancs, peut-être du XVIe siècle, au fond de laquelle trois professeurs luttent contre l’accablante chaleur, et interrogent tour à tour un tout petit candidat que j’aperçois de dos. Pas un témoin ; le groupe a l’air perdu dans l’espace. Dans le promenoir, les étudians continuent de causer. Ils sont, en majorité, plus jeunes que les nôtres, car les études secondaires finissent plus tôt, et l’on commence, d’habitude, celles de la licence ès lettres ou de la licence en droit vers quinze ans. La tenue la plus ordinaire me parait être la jaquette et le chapeau mou ; le chapeau rond et dur indique un degré d’aisance. Je ne rencontre nulle part le stagiaire parisien, arrivant au cours de droit les mains gantées, le chapeau de soie luisant et la fleur à la boutonnière. Nous sommes dans la patrie du pauvre bachelier. Un huissier me fait visiter la chapelle. Elle a grand air encore, toute tendue de pentes de velours rouge, sur lesquelles se détachent les bannières de l’Université. Mais on n’y célèbre la messe qu’une seule fois par an. L’air y est comme mort, et je ne sais quel instinct avertit de la permanence de l’ordre qu’on y voit.

Je monte le bel escalier de pierre blanche, où les docteurs de jadis devaient avoir bonne mine, couvrant les marches des plis de leurs robes. Le même cloître carré s’ouvre de nouveau, mais