Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/244

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


importance aux brutales admonestations d’une partie de la presse de Paris, semblerait monter dans un sens tout opposé au nôtre, jamais, depuis mon arrivée à Paris, il y a trois ans, les relations entre nos deux gouvernemens n’ont été plus amicalement et plus ouvertement conciliantes sur les deux rives de la Manche qu’aujourd’hui. » Et l’ambassadeur de la reine, à propos de la signature de la convention qui a fixé nos frontières communes à Sierra-Leone, se félicite des dispositions qu’il a rencontrées chez nous. « Un pareil arrangement, dit-il, est, d’une manière absolue, le plus favorable présage de l’avenir. Je pense, pour parler le langage des fondeurs en métaux, que c’est là comme un grand flot de matière en fusion dont l’action dissolvante s’exercera sur les autres questions réfractaires qui attendent encore leur traitement dans diverses parties de l’Afrique. Nombre d’entre elles sont indubitablement importantes et périlleuses ; mais je ne vois réellement pas pourquoi nos deux pays se mettraient à leur sujet dans un état d’excitation morbide. » Lord Dufferin a-t-il voulu faire allusion à l’Egypte ? Peut-être : l’Egypte est en Afrique, et la question est de celles qu’on peut, sans se tromper, qualifier d’importantes et même de périlleuses. Mais nous pensons, nous aussi, que le moyen de la résoudre n’est pas de se laisser aller à une exaltation maladive. Nous la désapprouverions chez nous comme chez les autres. C’est par une confiance et par une bonne volonté réciproques que l’on fait fondre les métaux récalcitrans dont a parlé lord Dufferin.

L’ambassadeur d’une autre grande puissance a fait également entendre sa parole ces derniers jours : nous voulons parler de M. le comte Tornielli, qui a remis ses lettres de créance à M. le président de la République. Quels que soient les regrets que nous ait inspirés le rappel de M. Ressmann, son successeur trouvera auprès de nous le meilleur accueil. Le langage qu’il a tenu témoigne d’un désir très réel de conserver et de développer des rapports amicaux entre les deux pays, et nous espérons que l’accomplissement de sa tâche lui sera rendu aussi facile par son gouvernement que par le nôtre. Nous serions pleinement satisfaits si, sur tous les points, les intentions qu’a exprimées M. le comte Tornielli pouvaient aussi aisément se réaliser. « Le but de la mission que j’ai l’honneur de remplir auprès de vous, a-t-il dit, sera d’autant plus aisément atteint que rien ne divise les deux pays dans leur sincère désir de coopérer au triomphe des idées pacifiques et au progrès de l’harmonie des intérêts communs de l’Europe. Sur ce terrain vaste, les deux nations peuvent marcher à côté l’une de l’autre. » Sans doute ; malheureusement elles n’y marchent pas. L’Italie et la France veulent également la conservation de la paix ; mais, si rien ne les divise dans leur sentiment, elles en poursuivent la réalisation par