Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/414

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fidélité que pouvait y mettre un enfant du pays, qui s’était longtemps occupé d’en débrouiller la vieille histoire. Possesseur d’un beau domaine, il connaît à fond, pour la mener lui-même, cette vie de gentilhomme campagnard qui était celle de M. de Warens dans ce pays de prés et de vignes. Il fallait, pour réussir comme M. de Montet, à la fois être familiarisé par de longues recherches historiques avec les particularités de l’organisation ancienne de la contrée de Vevey : lois, coutumes, mœurs locales ; être habitué à fureter dans les archives et connaître ces dépôts de vieux papiers dans tous leurs recoins, et, en même temps, compléter à chaque instant ces documens arides par la vue des lieux, par les souvenirs personnels, par toutes les connaissances que donne un commerce ancien et journalier avec la population avenante et laborieuse au milieu de laquelle Mme de Warens a passé sa jeunesse.

M. Mugnier, conseiller à la Cour d’appel de Chambéry, était aussi bien préparé que M. de Montet pour faire une œuvre définitive. L’un et l’autre sont dans leur province au premier rang des érudits. M. Mugnier était déjà connu par d’agréables et solides publications : sur saint François de Sales ; sur le mariage de Lamartine ; les évêques et les monastères de la Savoie. Le savant magistrat a écrit pour ainsi dire le second volume de la biographie de Mme de Warens. Il s’est attaché à démêler l’écheveau des intrigues qu’elle essaya de nouer à la cour de Versailles, et celui des affaires industrielles où elle usa son crédit el perdit ses ressources ; il a retracé le long déclin d’une existence qui avait eu des jours rayonnans. Il a suivi Mme de Warens pendant les années fécondes où des ailes maternelles couvaient un génie ignoré, et pendant ces tristes années où la pauvre femme, vieillie, s’embarrassait dans des entreprises qu’elle ne savait pas mener à bonne lin. M. Mugnier a porté partout la lumière qu’un esprit judicieux et mûr, une expérience consommée, un jugement formé par la connaissance du monde et des hommes, peuvent répandre sur un intéressant sujet.

Quand nous nous sommes associés, il y a huit ou neuf ans, M. de Montet, M. Mugnier et moi-même, afin d’élucider et de résoudre, si possible, tous les problèmes qui se posent à celui qui veut connaître la vie de Mme de Warens, ces collaborateurs et ces amis se partagèrent le terrain comme j’ai dit, et ils me réservèrent l’examen des idées religieuses de l’amie de Rousseau, auquel m’avaient préparé des travaux antérieurs sur le mouvement piétiste de cette époque. Mon travail a paru, comme celui de M. de Montet, dans les Mémoires de la Société d’histoire de