Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/463

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Revue littéraire – Les décadens du christianisme


Un vent de conversion passe sur la littérature. De grandes grâces ont été accordées aux écrivains en ces derniers temps. Ceux-là de préférence ont été touchés qu’on s’attendait le moins à voir rentrer dans le giron de l’Église. Car l’Esprit souffle où il veut. Le théâtre d’abord a été sanctifié. On a vu paraître sur les planches tant d’abbés, tant de nonnes et tant de dévots personnages, on y a entendu sonner tant de cloches, ouï réciter tant d’oraisons, qu’en vérité les vieux anathèmes n’auraient plus aucune espèce de sens. Afin que la réconciliation fût éclatante, un homme de théâtre a été élu pour porter la bonne parole. L’un des joyeux auteurs de Durand et Durand a été suscité pour nous révéler la Philosophie du XXe siècle [1]. Et voici le spectacle auquel M. Albin Valabrègue nous convie, non sans en avoir d’abord fait ressortir la signification : « Le même siècle qui a vu un prêtre, un homme de génie, son plus grand écrivain, sortir de l’Évangile et s’écrier : Jésus n’est pas le fils de Dieu ! le même siècle voit un juif, un ignorant, un vaudevilliste entrer dans le même Évangile et s’écrier : Jésus est le fils de Dieu ! » C’est qu’il manquait à Renan la forte préparation du théâtre. Il ne s’était pas aperçu que « l’Évangile est en trois actes » et que « le XIXe siècle fut un siècle d’entr’acte. » M. Valabrègue en lisant le Sermon sur la Montagne a senti son âme « comme portée sur un torrent de feu. » C’est pourquoi, empruntant le ton des grands inspirés, il proclame l’évangile

  1. Albin Valabrègue, la Philosophie du XXe siècle, 1 vol. ; librairie Villiers.