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La France jaune


La Colonisation française en Indo-Chine, par J.-L. de Lanessan ; Paris, F. Alcan, 1895. — Au Tonkin et sur la frontière du Kouang-Si, par le commandant P. Famin. Paris, Challamel, 1895.


Notre fièvre d’expansion coloniale aura produit du moins un résultat, à défaut d’autres plus palpables : une petite pique de jalousie entre les « Asiatiques » et les « Africains ». Les premiers se prétendent sacrifiés aux seconds par l’opinion française. Ils reprochent à la mère patrie des préventions injustes contre son aînée, sa fille jaune, riche, belle, féconde, et une partialité inexplicable pour la cadette, la fille noire, qu’ils déclarent indigente et stérile. Nous lâchons la proie pour l’ombre, assurent les fanatiques de l’Indo-Chine. Si nous ne savons pas estimer à sa vraie valeur notre colonie de l’Extrême-Orient, c’est que, dit M. Famin, « la mauvaise fée de la politique s’est penchée sur son berceau et ne l’a guère quittée depuis. »

Félicitons-nous de celle émulation, bon stimulant pour les deux empires auxquels nous portons un égal intérêt ; et rassurons les Asiatiques, puisqu’ils nous en donnent l’occasion avec de nouveaux livres où ils plaident leur cause. L’un est le testament du dernier gouverneur de l’Indo-Chine, arrêté dans son œuvre par la décharge du câble que l’on sait ; l’autre volume, dont je viens de parcourir les bonnes feuilles, et qui va prochainement paraître, nous rapporte les observations recueillies à Lang-son et sur la frontière ; chinoise par le commandant Famin ; vice-président de la Commission d’abornement ; il a séjourné trois ans dans cette région. Son ouvrage reflète sans doute quelques vues du président de la Commission, le colonel Galliéni, nom synonyme d’expérience et de sagacité en matière coloniale.