Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/682

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Ké-Bao, aujourd’hui en pleine exploitation, peuvent se promettre d’alimenter un jour tout l’Extrême-Orient. La ligne ferrée qui reliera le grenier de céréales du bas Mékong à ces charbonnages et aux mines du Yunnan, pour aller déboucher ensuite dans les plaines chinoises du Yang-tsé-Kiang, deviendra très certainement une des plus puissantes artères du monde oriental. Au point de vue politique, il n’est pas moins important de rallacher Hué à Hanoï et à Saïgon ; un chemin de fer jeté en travers de l’Annam, comme une barre soudée aux deux anneaux entre lesquels nous tenons ce royaume, nous garantira mieux qu’une armée d’occupation contre toute surprise fâcheuse. M. de Lanessan insiste également sur la nécessité qu’il y a d’établir à bref délai une ligne télégraphique solide, avec des poteaux en fer, le renversement des poteaux de bois étant une espièglerie habituelle des éléphans. Sait-on bien que Saïgon et Haïphong communiquent encore par l’intermédiaire d’un câble anglais ?

L’ancien gouverneur énumère avec une confiance communicative toutes les sources de richesse que l’on peut faire jaillir de la terre indo-chinoise. Du Cambodge, il n’a rapporté que des espérances à longue échéance. La Cochinchine est prospère, on y pourra doubler l’étendue des cultures en attirant au Sud des émigrans annamites ; mais cette colonie soutire du mal français : les 37 ou 38 millions de recettes quelle donne sont en grande partie absorbés par les dépenses du personnel. Notre régime dit aux fonctionnaires : « Croissez et multipliez. » Saïgon est un des lieux où ils ont le mieux entendu la bonne parole. Il y a peu de chances pour que cette crue s’arrête, dans une circonscription où les fonctionnaires forment à eux seuls le corps électoral. Quant au Laos, M. de Lanessan n’estime pas qu’il soit possible de développer prochainement une vie économique dans ce pays pauvre et difficile.

On devine que tout son cœur est au Tonkin. Là, sous un ciel tempéré qui permet à l’Européen de s’acclimater sans peine, sur un sol varié, docile à toutes les cultures, comme sa population nombreuse et intelligente l’est à tous les dressages industriels, l’avenir colonial nous sourit avec des promesses illimitées. Thé, café, cacao, soie, coton et autres textiles, cette terre ne refusera rien à qui lui apportera des capitaux et du travail. Pour le présent, notre auteur déconseille sagement l’essai des cultures riches ; elles ne pourraient réussir que sur de grandes exploitations, très coûteuses au début, et pour lesquelles nous n’avons pas encore d’amateurs. Le petit colon doit s’en tenir au riz, denrée d’un placement sûr : elle a six cents millions de