Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/854

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douze à quinze cents hommes. » Organiser, pour plus d’un millier d’hommes, ce travail simultané, c’est-à-dire une suite de dialogues engagés entre le maître et l’élève, c’eût été une entreprise vouée d’avance à un échec certain, la confusion des langues et le désordre en permanence. L’idée était pourtant, en elle-même, juste et sage ; aussi la pratique se chargea-t-elle ici, comme il arrive souvent, de corriger ce que la théorie avait d’excessif et de chimérique. Quand on parcourt les trois volumes où sont résumées les discussions, pour plusieurs au moins des séances de ce genre, on s’aperçoit bientôt que c’est presque toujours les mêmes élèves qui payent de leur personne. Ceux-ci formaient une faible minorité, qui comprenait, avec quelques-uns de ces présomptueux que l’on trouve toujours prêts à se mettre en avant, les plus intelligens des délégués. Dans ces conditions, l’échange des idées devenait possible ; on pouvait interroger le maître, lui soumettre ses doutes et recueillir ses réponses. Les choses se passaient parfois de manière que le professeur et les auditeurs fussent également satisfaits. « Ces conférences, dit La Harpe au début de la séance du 16 pluviôse, sont peut-être la partie la plus instructive de nos cours. »

Cependant les hommes éminens qui étaient chargés d’enseigner les mathématiques ne tardèrent pas à reconnaître que, pour vraiment instruire leurs disciples, il y avait mieux à faire que de rompre ainsi des lances, à l’aventure, contre le premier venu. Ils firent décider, par le comité d’instruction publique, « qu’il serait ouvert des conférences entre les élèves de l’Ecole normale, conférences qui seraient dirigées par des élèves pris dans le sein de l’Ecole et désignés par les professeurs. Ces directeurs de conférences recevaient, dans des entretiens particuliers avec les professeurs, les instructions nécessaires pour assurer le succès de leurs travaux. »

Ces conférences ne furent organisées que pour les mathématiques, et c’est au Collège de France qu’elles paraissent avoir été installées ; elles s’y tenaient tous les jours [1]. Ce n’était pourtant pas seulement à ceux qui étudiaient les sciences exactes que l’on avait voulu assurer le bénéfice d’un tel mode d’enseignement ; l’arrêté que nous venons de citer avait posé le principe d’une manière générale.

Reportons-nous maintenant au décret impérial du 17 mars 1808. Les aspirans admis au pensionnat normal « suivront les leçons du Collège de France, de l’Ecole polytechnique ou du Muséum

  1. On a les noms des dix directeurs d’études qui furent choisis, noms parmi lesquels il y en a un qui est devenu illustre, celui de Fourier.