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à l’École de l’an III. Fourcroy avait été, en 1794, nommé commissaire de la Convention, avec Lakanal, auprès de cette Ecole. S’il n’en présida pas les séances, c’est qu’il entra au comité de Salut public, entre le moment où avait, été faite cette désignation et celui où les élèves se réunirent à Paris.

Les contemporains aperçurent donc le lien qui, à treize ans de distance, rattachait l’une à l’autre les deux institutions, filles l’une de la République et l’autre de l’Empire. Il serait étrange que ce lien nous échappât aujourd’hui, à nous qui sommes mieux placés pour dégager de la multitude des phénomènes secondaires l’action persistante des forces vives, le jeu des causes profondes et de leurs effets lointains. La conclusion qui s’impose est donc celle même que de longues et patientes recherches ont suggérée à notre camarade Paul Dupuy : « Le centenaire que l’Ecole normale célèbre cette année est plus que le centenaire de son nom ; il est celui de l’institution même sous sa première forme. »


II

Nous avons insisté sur nos origines ; il importait de définir l’ère d’après laquelle nous compterons nos siècles futurs et d’en marquer exactement le point de départ. Quant à la suite de cette histoire, il ne saurait être question d’en présenter même une légère esquisse.

Tout ce que nous voulons ici en retenir et en indiquer, c’est la loi qui la domine tout entière, loi que l’on peut formuler ainsi : du jour où l’Ecole est née, sa fortune a toujours été étroitement liée à celle du parti libéral et de la cause qu’il défendait.

Dans la pensée de son fondateur, l’Ecole devait être comme le séminaire où se formeraient les meilleurs maîtres de cette Université que Napoléon aurait voulu constituer en une sorte de corporation laïque et célibataire, dont les membres auraient presque les mêmes habitudes que ceux des congrégations religieuses d’autrefois et n’en différeraient guère que par l’absence du caractère sacerdotal. Le règlement de l’Ecole était calqué sur celui des collèges de l’ancienne Université. Les journées du dimanche étaient remplies par les offices. Par l’interdiction de toutes sorties particulières, l’École était comme séparée du monde, et déjà cependant, en 1812, on s’y occupait de Montesquieu et du XVIIIe siècle avec une curiosité qui, s’il faut en croire Villemain, ne laissa pas de mécontenter l’Empereur [1]. Dès ces premières années,

  1. Villemain, Souvenirs contemporains d’histoire et de littérature, p. 137.