Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


abondante de ses formes, ni’ par son allure et sa physionomie qui sont celles d’une dame expérimentée. L’artiste, reprenant et exagérant l’innovation récemment introduite par M. Gérome, a légèrement teinté les chairs, ce qui contribue sans doute à leur donner plus hardiment l’aspect de réalités souples et palpables, mais ce qui accentue plus désagréablement aussi ce qu’elles peuvent avoir d’un peu lourd et d’un peu mûr. C’est un ouvrage mené avec un grand talent, en connaissance de toutes choses, mais qui détonne, par je ne sais quel air de sensualité provocante, avec la dignité ordinaire ou l’ingéniosité délicate des sculpteurs français.

On éprouve plus de sympathies pour tous les efforts, qu’ils aboutissent ou non, réalisés dans l’ordre expressif. Tantôt ce sont des conceptions humanitaires ou philosophiques, d’une signification confuse, et d’une exécution morcelée, mais vigoureuse, telles que la Fatalité par M. Houdain, le Destin par M. Icard, d’autres fois des allégories, patriotiques ou scientifiques, soigneusement exécutées, quelquefois un peu incertaines dans le style, mais d’un caractère simple et élevé, telles que les Fruits de la Guerre en marbre, par M. Boisseau, la Science par M. Perrin, la Musique sacrée par M. Lambert, l’Inspiration par M. Desvergnes, ou d’une exécution agitée et décorative, telles que l’Ouragan par M. Hippolyte Lefebvre, plus souvent de simples figures d’expression telles que la Stella Maris, par M. Coutan, d’un goût très noble, et d’un bel arrangement décoratif, le Pro fide de M. Anglade, dont l’attitude est des plus heureuses, mais dont l’artiste a gâté le visage en estompant les traits, suivant une mode efféminée, a la façon des peintres vaporisans, l’Orphelin de M. Legrand, etc. C’est péché de voir les praticiens trop habiles demander à cette ferme et belle matière du marbre des petits effets d’aquarelle et de miniature. Ainsi ne saurions-nous partager l’admiration générale pour le bas-relief, si finement ouvragé, si moelleusement caressé, qui nous envoie cette année M. Puech, l’auteur justement applaudi de la Sirène et de la Seine, la Vision de saint Antoine de Padoue. L’afféterie de l’exécution est égale à l’afféterie de la conception. Il serait pénible de voir s’égarer à la poursuite facile de succès sentimentaux et mondains un artiste d’une pareille valeur et dont les débuts nous avaient promis un grand sculpteur.

Le Salon du Champ-de-Mars, comme d’habitude, ne montre qu’un petit nombre de sculptures, mais il contient un ouvrage d’une importance exceptionnelle, le Projet d’un monument aux morts, par M. Bartholomé, et, en nous présentant, dans une salle séparée, l’ensemble des œuvres posthumes de M. Jean Carriès,