Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/421

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Clausius, la Thermodynamique entre en possession d’un moyen détourné — au moins en apparence — mais logique, de découvrir les propriétés que possèdent les systèmes matériels en équilibre ; procédé fécond qui, employé par Glausius, par W. Thomson, par James Thomson, par KirchhofF, par Moutier, par Tait, par une foule de physiciens qu’il serait trop long de citer, a donné une abondante moisson de lois nouvelles, souvent remarquables par leur caractère étrange et imprévu, toujours minutieusement vérifiées par l’expérience ; procédé qui a transformé la théorie des divers changemens d’état physique, des diverses modifications chimiques, de la fusion, de la vaporisation, de la dissolution, de la dissociation.

Prenons maintenant un système qui décrit un cycle réel, partant non réversible ; nous ne savons pas, jusqu’ici, si les transformations positives qui se produisent durant le parcours de ce cycle sont ou non compensées par les transformations négatives. Clausius a affirmé, plutôt que démontré, que, dans ce cas, les deux catégories de transformations ne se compensaient jamais exactement ; que, toujours, la somme des transformations positives surpassait la somme des transformations négatives ; qu’en d’autres termes, la somme de toutes les transformations produites le long du parcours d’un cycle réel était toujours une quantité positive. Proposition capitale dont l’exactitude et la fécondité s’affirment davantage chaque jour, dans les champs les plus divers de la physique, grâce aux découvertes des Hortsmann, des Gibbs, des Helmholtz ; proposition que des esprits audacieux, lancés à la suite de W. Thomson, ont contraint à franchir les bornes de la physique et à déborder dans le domaine de la métaphysique. Mais nous ne pouvons suivre les conséquences de cette loi ; elles nous entraîneraient bien loin des notions fondamentales de la thermodynamique ; elles nous obligeraient à discuter, dans toutes les parties de la physique, les applications d’une doctrine dont nous ne voulons exposer que les principes généraux.

Née de l’hypothèse que la chaleur est un mouvement, la thermodynamique moderne va se dégager de cette supposition, voire même se retourner contre elle et en déterminer le rejet. Il nous reste à retracer les phases de cette dernière évolution.

P. Duhem.