Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/424

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fonctionnaire, vivant ou non, et donnait le tombeau non encore occupé à quelque autre de ses officiers. C’est ce qu’on a appelé, assez à tort pour cette époque : usurpation de tombeaux. De semblables usurpations ont eu lieu non seulement pour les tombeaux en général, mais encore pour certaines parties de l’ameublement funéraire en particulier, comme par exemple les sarcophages en pierre, et cela à toutes les époques de l’Empire égyptien.

Sous la XXe dynastie, — c’est-à-dire vers le XIVe siècle avant notre ère, — lorsque la richesse de l’Égypte n’est plus alimentée par les razzias annuelles que les conquérans de la XVIIIe et de la XIXe dynastie faisaient sur les peuples voisins ; lorsque d’audacieux aventuriers sont venus reconnaître et envahir la vallée du Nil, attirés par la renommée de sa fertilité, de ses ressources et n’ont été repoussés qu’à grand’peine, après une sanglante bataille qui mit leurs dépouilles entre les mains du premier roi de la XXe dynastie, Ramsès III ; lorsque l’Égypte enfin est épuisée d’hommes et de ressources, que le trésor de ses princes est à sec, que les greniers d’approvisionnement n’ont pas été suffisamment remplis en de mauvaises années, que les ouvriers sont sans travail, partant sans pain, qu’ils se révoltent contre leurs employeurs, organisent les premières grèves dont l’histoire fasse mention, envahissent les greniers publies et s’arrêtent au milieu de leur succès, tout étonnés de n’avoir rencontré aucun obstacle ; alors il se forme dans la ville capitale de l’empire, — et aussi sans doute en d’autres villes où il y avait de riches nécropoles, — des associations de voleurs qui dépouillent les tombeaux des richesses qu’on y avait accumulées et que l’on pouvait prendre rien qu’en abaissant la main. Quel effet pouvaient exercer sur des hommes à bout de ressources, n’ayant plus de pain, de vin, de viande, d’huile dès la moitié du mois, entendant leurs femmes et leurs enfans pleurer, demander à manger, alors qu’ils n’avaient plus rien à leur donner et que leurs provisions ne devaient être renouvelées, si elles l’étaient, qu’après deux semaines d’attente au milieu des tortures de la faim, quel effet pouvaient exercer sur ces êtres bornés, rudes, vigoureux, la majesté suprême de la mort, le respect superstitieux des excommunications religieuses, du dévouement à la colère des dieux et aux supplices de l’autre vie ? Les malheureux savaient qu’en des lieux à eux connus était tout ce qu’il fallait pour leur redonner ce qu’ils n’avaient plus et qu’il, leur suffisait pour s’en emparer de briser le cachet d’argile qui scellait la porte d’entrée. Ils devaient savoir par une expérience sommaire que les morts ne se lèveraient point pour témoigner contre eux, qu’ils avaient seulement à craindre la justice royale qui les guettait.