Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/667

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l’allemand, tandis que les Allemands répugnent à apprendre-le tchèque, ce qui les écarte des fonctions publiques. Une loi du 28 février 1882 a créé l’Université tchèque, en dédoublant l’Université de Prague ; et presque aussitôt, les étudians tchèques se sont trouvés d’un tiers plus nombreux que les étudians allemands. Les deux Universités, tchèque et allemande, occupent encore (sauf pour la médecine), le même bâtiment ; mais toute communication est murée, et la grande salle, qui a deux portes d’entrée, sert alternativement à l’une et à l’autre, suivant un règlement rigoureux.

Enfin, le même principe d’égalité a été appliqué aux écoles. Partout où la population est tchèque, l’école doit être tchèque ; et dans les localités ou districts où les deux langues sont parlées, dès que Je nombre des enfans tchèques atteint le minimum légal, leurs parens ont le droit de réclamer une école tchèque.

Tel est le principe ; mais l’application en laisse singulièrement à désirer. Les recensemens, qui doivent servir à attribuer telle ou telle localité à la langue tchèque ou à la langue allemande, sont conduits de manière à fausser continuellement la vérité. Un Allemand est-il installé dans une ville tchèque ? Il réclamera sa qualité d’Allemand qui lui sera reconnue sans difficulté. Un Tchèque habite-t-il un pays allemand ? On lui expliquera que comme il est entouré d’Allemands, la langue qu’il emploie le plus habituellement (Umgangssprache) est nécessairement l’allemand, et qu’il convient, par suite, de le classer comme Allemand. Comme ce Tchèque est le plus souvent un ouvrier sans ressources et sans défense, il n’ose protester. Pour achever, les patrons et chefs d’industrie, qui sont presque tous Allemands, obligent leurs ouvriers tchèques, sous peine de congé immédiat, à envoyer leurs enfans à l’école allemande. Il va de soi, enfin, que partout où il est question de fonder une école tchèque, l’administration ne manque pas d’y trouver mille difficultés ; et les municipalités allemandes épuisent, avant de s’y résigner, tous les recours administratifs et tous les degrés de juridiction.

Les Tchèques ont compris que la loi ainsi appliquée ne suffisait pas. Elle suffisait d’autant moins qu’elle laissait la porte toute grande ouverte à l’envahissement germanique, en donnant aux Allemands la faculté de créer, même en pays tchèque, des écoles allemandes où les parens tchèques, par nécessité ou par faiblesse, envoient leurs enfans. Cette œuvre de germanisation est merveilleusement secondée par le Schulverein allemand, qui dispose de ressources considérables, et qui ne néglige rien pour façonner à l’allemande les jeunes générations, en leur donnant une