Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/670

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appartient à tous les parens tchèques de faire donner l’éducation à leurs enfans dans leur langue nationale. Malgré ses ressources insuffisantes, la Matice est soutenue par un sentiment public tellement puissant qu’elle réussit à arrêter la marche en avant de la race germanique. L’honneur en revient à l’infatigable dévouement des hommes qu’elle a placés à sa tête, au premier rang desquels il convient de placer un savant doublé d’un patriote, M. Çelakovsky, et aux efforts continus de toutes les classes de la population. Tout est mis en œuvre pour la propagande : comptes rendus, brochures de toute espèce, traités dans le genre de ceux que distribuent les sociétés bibliques, fondations de bibliothèques, jusqu’à la création de jeux de cartes nationaux, dont les figures représentent des personnages de l’histoire de Bohême, et qui sont vendus au profit de la Matice. Aussi les souscriptions affluent-elles jusque dans les plus petits villages, et si le total en est encore bien insuffisant, c’est que les contributions des paysans sont nécessairement très réduites. Les générosités considérables restent encore à l’état d’exception ; elles existent pourtant : telle, par exemple, celle de M. Jean Neif, qui donnait, l’année dernière, 10 000 florins à l’école réale de Lipnik, en Moravie, et autant à l’école commerciale de Brno (Brünn).

La résistance de la nationalité tchèque s’accentue si bien que les Allemands paraissent renoncer à l’attaquer de front. Dans ces derniers temps, une sorte de mouvement stratégique se dessine dans leurs procédés d’investissement. C’est sur la Silésie et sur la Moravie qu’ils portent désormais tous leurs efforts. Les Tchèques, dans ces deux pays, sont beaucoup moins bien organisés qu’en Bohème : les villes sont en grande partie allemandes. La race slave y occupe une bande beaucoup moins large, et comme étranglée entre la Silésie allemande et l’Autriche allemande. Si le Schulverein parvenait à germaniser la Moravie et la Silésie autrichienne, la Bohême serait coupée du monde slave, et resterait à l’état d’épave ou d’îlot perdu dans la mer allemande. La Matice a compris le danger, et en ce moment même, c’est en Moravie et en Silésie qu’elle accumule ses moyens de défense.

Par contre, en Bohême même, les écoles tchèques suivent une marche progressive qui menace de couper en deux les populations allemandes. Non pas que la Matice poursuive en cela le moindre calcul : elle ne peut songer, et serait impuissante, à slaviser les Allemands. Mais elle suit naturellement le mouvement de la population, et ce mouvement se porte, par la force des choses, du côté des régions industrielles, où l’ouvrier tchèque est particulièrement apprécié par les chefs d’usines. Aussi le nord de la