Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/94

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Le ministre des finances lui-même, s’il ne perd pas de vue le but qu’il s’est assigné, reconnaîtra promptement la nécessité de maintenir la Banque de Russie dans le domaine des opérations d’escompte et de virement. S’il ne retranche pas des nouveaux statuts les dispositions dangereuses que nous y avons signalées, il devra en restreindre dans la pratique l’application au point d’en annihiler l’effet. Une politique différente ne manquerait pas d’avoir un contre-coup fâcheux sur le change et par suite sur tout le développement économique du pays.


VI

Sous réserve de la question monétaire, la Russie est peut-être de tous les États européens celui dont les finances se sont le plus améliorées durant la période pacifique où nous vivons depuis la guerre turque. Ses progrès ne se sont pas seulement affirmés par le relèvement de son crédit qui se résume d’un mot : sa rente trois pour cent se vend aujourd’hui à un prix supérieur à celui du cinq pour cent en 1888. On pourrait dire avec quelque raison que ce déplacement considérable de niveau n’est pas uniquement dû à des raisons spécifiques, et que l’abaissement général du taux de capitalisation, qui marque la fin du XIXe siècle, y a contribué pour une part. Mais les budgets se soldent par des excédens au lieu des déficits chroniques de 1880 à 1887 ; l’encaisse du Trésor s’est fortifiée ; les recettes des chemins de fer ont augmenté (11 800 roubles par verste en 1893 au lieu de 9 500 en 1881) ainsi que les exportations, qui pour les céréales seules atteignent 60 millions de quintaux. L’œuvre toutefois n’est pas terminée ; il faut se rappeler ce que furent les finances russes à diverses périodes, et en particulier pendant et après la dernière guerre d’Orient, pour se rendre compte des points faibles et mesurer le chemin qui reste à parcourir. Nous n’insisterons pas sur le côté politique de la question : les défauts du régime parlementaire nous frappent trop en ce moment pour que nous appréciions à leur juste valeur les garanties précieuses de contrôle qu’il donne au pays. En admettant même la parfaite sincérité de tous les chiffres qui nous sont fournis, il n’en est pas moins certain que là où la volonté d’un seul fait loi, les changemens peuvent être brusques. Quand elle s’exerce, comme c’est le cas depuis longtemps en Russie, dans une voie de paix et de sagesse, elle permet aux ministres des finances de consolider la situation budgétaire et de travailler au développement économique de la nation. Une politique qui provoquerait soudain de nouvelles dépenses aurait là-bas un contre-coup plus sensible que chez d’autres peuples