Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/176

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Russie, elle avait tout d’abord appuyé de son attitude énergique l’action militaire de la France et du Piémont ; mais, désappointée en voyant la cour de Turin entraînée par l’élément révolutionnaire, elle n’entendait pas faciliter l’extension de la puissance sarde au-delà de l’acquisition de la Lombardie.

En février 1800, lorsque M. de Cavour, revenu au pouvoir, touchait au couronnement de ses efforts par l’annexion imminente de l’Italie centrale, la situation internationale de la couronne de Sardaigne devenait tout autre. Le Piémont s’apprêtait à ajouter aux 3 009 505 Lombards que lui avait donnés la paix de Villafranca, 604 512 Modénais, 499 835 Parmesans, 375 6031 citoyens des Romagnes et 1 793 9607 Toscans. Le succès de ces annexions était désormais certain, immédiat ; il avait été préparé, manipulé, assuré, tandis qu’une armée française, encore campée en Lombardie, disait aux Autrichiens, par sa seule présence sur le sol italique, qu’ils ne devaient point songer à s’y opposer par la force. Or, ces additions de populations italiennes aux Etats sardes allaient avoir pour effet de porter, comme première étape, à 11 millions et demi le nombre des sujets du roi de Sardaigne. Et, selon toutes probabilités, l’accroissement de la puissance piémontaise ne s’arrêterait pas là. L’expédition en cours de préparation contre le royaume des Deux-Siciles [1] et contre l’autorité du Pape dans la presque-totalité de ce qui lui restait de territoire, devait, si elle réussissait, ajouter près de 11 millions [2] à ce chiffre, déjà considérable, d’Italiens réunis sous le sceptre du roi Victor-Emmanuel. Dès ce moment, tous les esprits politiques voyaient en imagination, dans la péninsule, la formation à bref délai d’un royaume d’Italie englobant une population de 22 à 23 millions d’âmes, — sans préjudice de l’adjonction, plus ou moins prochaine, mais inévitable, d’environ 2 millions et demi de Vénitiens que la France, sans mentir à son programme, ne pouvait laisser longtemps sous la domination étrangère de l’Autriche. Le nouveau royaume italien allait donc sous peu compter environ 25 millions d’habitans ; il pourrait mettre sur pied une force

  1. Le mouvement insurrectionnel était préparé d’accord entre Mazzini, Fabrizi, Rosalino Pilo, Farini et M. Crispi, avec le parfait assentiment de M. Rattazzi, ministre de l’intérieur, investi d’une influence prépondérante dans le ministère La Marmora. Il devait éclater le 4 octobre 1859. Il dut être ajourné à cause de l’attitude contraire des modérés siciliens, mais ses promoteurs continuaient à le préparer pour une occasion plus propice. — Voir Agostino Bertani e i suoi tempi, par Jessie White Mario, tome II, p. 5.
  2. Royaume des Deux-Siciles 9 117 080 habitans
    Marches et Ombrie 1 800 000 (en chiffres ronds)
    Total 10 917 080 habitans