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Revue littéraire – La critique apocalyptique


Idéalisme, transcendantalisme, sentimentalisme, mysticisme, symbolisme et prophétisme ont fait, depuis du temps déjà, leur apparition dans la philosophie, dans la poésie et dans le roman. Mais dans la littérature tout se tient et il y a communication entre ses diverses provinces. L’esprit nouveau est en train de se répandre dans la critique elle-même. C’est donc le moment de rechercher quel bienfait elle peut attendre de cette intrusion. Il n’est que trop vrai : la critique, durant ce siècle, a été aux mains des hommes d’étude, des pédans de collège et des cuistres. Ils y ont transporté leurs propres habitudes de travail. Ce sont, comme on sait, gens de pensée réfléchie, d’humeur calme, de labeur appliqué, d’esprit prudent, circonspect et méthodique. Ils se sont efforcés de faire de la critique, non certes une science, attendu qu’entre les conclusions de la science et les jugemens esthétiques il y aura toujours mie différence essentielle et irréductible, mais du moins une étude qui ne fût pas abandonnée entièrement aux fantaisies du goût individuel. Ils ont pensé que, mis en présence de la Beauté, nous devons sans doute la sentir, mais que sentir n’est rien si l’on n’est capable en outre de comprendre et de juger ; ou, pour mieux dire, ils ont pensé que l’émotion esthétique est elle-même un produit de l’éducation et de raffinement du goût et qu’elle les suppose. Ils ont recherché s’il n’y aurait pas dans la Beauté certains élémens généraux qui s’imposent à tous les hommes ainsi qu’à tous les temps, et ils ont essayé de les définir. Afin de mieux rendre compte de la formation de l’œuvre d’art, ils se sont aidés de toute sorte de secours ; ils ont