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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



14 avril.


Nous piétinons sur place, et depuis quinze jours, il serait difficile de relever, soit au dedans, soit au dehors, des changemens considérables ; les traits essentiels de la situation se sont maintenus tels quels ; mais, à l’intérieur au moins, le malaise a augmenté. On se demande de tous les côtés, non pas si elle se maintiendra longtemps encore, mais comment et dans quel délai elle se dénouera. Les vacances parlementaires sont arrivées juste à point pour sauver d’une chute imminente le ministère de M. Bourgeois : ministère de conflit, comme on l’a fort bien nommé. Il a mis en opposition les uns contre les autres tous les pouvoirs publics, sans parler du parti républicain qu’il a coupé en deux et dont il a formé deux partis désormais irréconciliables. Ce n’est d’ailleurs pas ce dernier résultat que nous lui reprochons le plus. Il fallait bien, la république n’étant plus aujourd’hui sérieusement contestée, que ses partisans se divisassent les uns en modérés et en libéraux, les autres en radicaux et en socialistes. C’était là le terme d’une évolution inévitable, et s’il a été atteint plus vite qu’on ne l’espérait il y a peu de temps encore, nous ne nous en plaindrons pas. Un régime politique ne vit d’une vie pleine et normale que lorsque ces deux partis, en quelque sorte classiques, se sont nettement dessinés et se sont séparés l’un de l’autre. Mais il n’était pas nécessaire du tout de mêler les pouvoirs publics à cette querelle, de les mettre en opposition les uns contre les autres, ni de faire naître entre eux une situation presque révolutionnaire. La Chambre vote dans un sens, le Sénat aussitôt vote dans l’autre. Le Président de la République, manifestement embarrassé pour prendre parti entre les deux assemblées, se cantonne dans une abstention que les modérés lui reprochent et que les socialistes approuvent avec un enthousiasme compromettant. Sans examiner pour le moment s’il a tort ou raison, et même s’il lui est facile de tenir une autre conduite, comment ne pas constater et ne pas regretter qu’un nouveau rouage de la constitution, et non le moins important, se trouve faussé, immobilisé, mis hors d’usage, par le maintien au pou-