Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/184

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de pied on cap, avec son auréole de rayons et ses grandes ailes largement déployées, il descend d’en haut, l’épée levée dans la main droite, et, de l’autre, tenant, la pointe en bas, sa petite rondache, la rondache presque imperceptible d’un fantassin de l’armée surnaturelle, symbole foudroyant plutôt qu’arme de défense. En s’abattant sur l’épi faîtier de la haute toiture, il n’a qu’à fixer les yeux, en le menaçant du geste, sur le démon enroulé à ses pieds autour du chapiteau pour que le monstre se sente vaincu. Le mouvement est décidé, hardiment calme, divinement victorieux, et les silhouettes, claires et expressives, se découpent de tous côtés avec une vivacité grave. On peut déjà s’imaginer l’effet que produira cette noble et fière figure, fondue en un métal ferme et brillant, lorsqu’elle sera fixée, sur une fine pointe, au-dessus de la mer, à la fois immobile et vivante, et se détachant toujours, étincelante ou sombre, dans la pourpre des aurores ou la noirceur des nuées ; les marins, en la reconnaissant de loin, se signeront avec confiance ; le patron de la sainte forteresse leur semblera aussi sacré et aussi stable qu’elle-même.

C’est une bonne fortune d’avoir à représenter, dans un monument, une figure à la fois traditionnelle et idéale, qui assure en même temps, à l’imagination, le conseil des représentations antérieures et lui laisse la liberté d’y ajouter une interprétation nouvelle. En général les sculpteurs sont plutôt chargés de rappeler un fait historique et de représenter une figure réelle ; dans ce cas, ils sont soumis à des obligations très précises qui limitent ou qui devraient limiter leurs fantaisies. Quel est le devoir, par exemple, le devoir strict, d’un monument commémoratif, groupe ou statue ? Celui de commémorer, clairement et uniquement, aux yeux et à l’esprit, l’événement ou l’homme en l’honneur duquel on l’élève. On doit constater que ce devoir est fort négligé lorsque, pour célébrer des faits ou des individus contemporains, un artiste, par exemple, n’emploie que des vieilleries mythologiques ou le style d’un autre temps. Le Victor Hugo, tout nu, par M. Déloye, ne me représente pas, d’une façon plus idéale et plus vénérable, le grand Poète exilé que le célèbre squelette de Voltaire par Pigalle ne fait le malin philosophe ; la convention classique, dans ce cas, aboutit au ridicule. Dans l’art iconographique surtout, la beauté ne saurait être que la splendeur du vrai, et c’est fuir la beauté que d’y trahir la vérité. Nos pères du moyen âge, guidés par leur simplicité, ne commettaient pas de pareilles erreurs. C’est dans le fait même et dans l’homme même qu’il faut trouver les élémens d’expression.

Avec ces idées, nous avons quelque peine à comprendre comment les deux Allégories, traitées avec beaucoup de science et de