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menacées. La situation ne peut donc se prolonger davantage. Il s’est répandu dans le public, dans la presse, et parmi les ouvriers une agitation et une émotion parvenues au degré le plus extrême.

Une solution s’impose ; il faut la chercher et la formuler.

C’est ce que nous allons faire.


V


Abordons la partie essentielle de cette étude, la prophylaxie des accidens du phosphore, c’est-à-dire le problème de l’assainissement de l’industrie des allumettes.

Nous sommes en présence de trois solutions :

1° La solution par la prohibition légale du phosphore blanc dans l’industrie ;

2° La solution par l’emploi des machines ;

3° La solution par l’hygiène.

L’interdiction légale du phosphore blanc est la solution radicale, elle fait disparaître l’agent pathogène. Ce n’est même pas un moyen d’assainissement, c’est la suppression d’une industrie insalubre. Nous venons de voir quelles impossibilités rencontrait au point de vue industriel cette interdiction ; nous devons l’envisager maintenant au point de vue de son application au problème posé.

Notons d’abord que, si l’on avait procédé de la sorte lors de la découverte des propriétés nocives de tant d’agens industriels, nous serions privés aujourd’hui d’un grand nombre d’inventions devenues d’utilité première. Il faudrait nous passer de la plupart des métaux, de l’arsenic, du chlore, des matières colorantes, du caoutchouc et du phosphore lui-même, puisque la préparation en est particulièrement insalubre.

Mais cette interdiction est-elle réalisable ?

Ici, nous n’hésitons pas à répondre par la négative. Non, la suppression de l’emploi du phosphore blanc n’est pas possible dans l’état actuel de l’industrie des allumettes. En France, elle a été réclamée avec l’insistance que l’on sait ; mais depuis cinquante ans, elle n’a jamais été ni appliquée ni même essayée à titre d’expérience comme cela s’est fait ailleurs. Et comment l’eût-on osé d’ailleurs sous le régime des monopoles et la pression des nécessités fiscales ?

D’autre part, a-t-on songé aux perturbations profondes que la