Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/453

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d’une roche, et c’est Gaspard qu’elle soupçonna toujours de l’en avoir précipité.

Survient alors un certain Mathias, parent de Véronique et de Guillaume, et anarchiste déclaré. Il rapporte des villes, où il a vécu, une âme de colère et de haine. Hier on a refusé de l’embaucher à l’usine. Qu’elle soit donc détruite, l’usine de malheur et d’injustice, et que, ruiné par elle, tout un peuple se lève pour la ruiner à son tour. Guillaume s’émeut de tels discours et Véronique s’en indigne : il n’attend le salut que du travail ; elle, du destin. Car elle croit aux sortilèges et aux enchantemens. Elle sait le pouvoir de l’or, de cet or dont un lingot fut recueilli par elle dans la main de son pauvre homme assassiné. Elle en a fait un collier, son unique joyau, collier magique qui protège les innocens et force les criminels à s’accuser et à se livrer eux-mêmes. Elle sait d’autres secrets encore, et que dans le flanc des montagnes s’ouvre une grotte immense, une espèce de cathédrale d’or. Là, sur les genoux de la Vierge, l’enfant Jésus est assis, et de ses deux mains, puisant à une source éternelle, un double ruisseau d’or ruisselle éternellement. Le jour où un être vivant pénétrerait sous les voûtes fauves, la basilique s’écroulerait et le fleuve à jamais serait tari. Véronique cherchera donc ; elle découvrira le chemin et l’entrée. Elle contemplera les splendeurs interdites et justice aussitôt sera faite et « il n’y aura plus d’or ».

L’anarchiste, lui, pour une fin pareille, a fait choix de moyens plus naturels : propagande, réunions et complots dans les bois, au clair de lune. Conduits par Mathias et Guillaume, les paysans marchent sur l’usine, où patron et ouvriers sont en train de fêter l’installation d’une belle machine toute neuve, une énorme roue à godets, infatigable ramasseuse du sable pailleté d’or. Et voici que la nature même se déclare pour les assaillans. Une avalanche de rochers s’écroule à point dans le torrent, l’obstrue et le fait rentrer sous terre. La machine s’arrête court et c’en est fait de l’usine. Au même instant Véronique apparaît, elle aussi vengeresse et triomphante. Elle a pénétré sous les nefs mystérieuses que son premier regard a fait tomber en poudre. Comme elle l’avait prédit, il n’y a plus d’or, hormis celui des moissons dont se couvre, « au grand soleil de Messidor », la terre redevenue féconde.

Cependant, à la faveur de la bagarre, Mathias a volé le collier de Véronique. Mais le joyau justicier le contraint de se dénoncer et d’avouer ses crimes. L’assassin du mari de Véronique, ce ne fut point Gaspard, mais Mathias, et pour s’en punir il se précipite lui-même dans