Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/519

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entre la nomination de Fénelon à Cambray et le mariage du duc de Bourgogne, que dut s’affermir sur le jeune prince l’influence de cet homme de bien, qui fut pour le moins aussi grande que celle de Fénelon. Souvent on a reproché à ce dernier d’avoir favorisé chez son élève certaines dispositions à une dévotion un peu minutieuse, et difficilement compatible avec quelques-uns de ses devoirs de prince. Nous inclinons à croire que ce reproche serait plus justement adressé à Beauvilliers, qui lui-même donnait l’exemple de cette piété presque ascétique. Il assistait tous les jours à la messe, communiait deux fois par semaine, et se tenait, autant qu’il le pouvait, à part des plaisirs de la cour. Sourches s’étonnait, on s’en souvient, qu’il eût consenti à accompagner le duc de Bourgogne à un bal costumé. Dans cette correspondance inédite dont nous avons déjà parlé [1], on le voit jouer vis-à-vis de son ancien élève le rôle d’un véritable confesseur laïque. C’est de l’armée que le duc de Bourgogne lui écrit le plus souvent ; mais c’est pour le prendre comme confident de ses pratiques pieuses ou de ses scrupules. Dans les lettres qu’à la même époque il reçoit de Fénelon, on sent chez ce dernier le désir d’affranchir son ancien élève de ces minuties et de ces petitesses. Dans les lettres du duc de Bourgogne à Beauvilliers, rien n’indique qu’il ait reçu de son ancien gouverneur des conseils aussi virils. On dirait que c’est l’archevêque qui est l’homme d’épée et le gentilhomme qui est le prêtre.

L’influence de Beauvilliers se fit cependant sentir d’une façon heureuse pendant ces deux années par le soin qu’il prit de préparer le duc de Bourgogne à son métier de roi. Il comprit qu’en fait de latin ou de mathématiques, le jeune prince en savait assez, et qu’il était temps de lui apprendre à connaître la France, ses besoins, ses charges et ses ressources. Au commencement de l’année 1697, « Messieurs les maîtres des requêtes, commissaires départis en les provinces du royaume » reçurent une sorte de questionnaire contenant les demandes de renseignemens les plus minutieux sur l’état de leurs généralités, avec ordre de répondre à ce questionnaire dans le délai de trois à quatre mois. Un exemplaire de ce questionnaire se trouve aux Affaires étrangères, et le mémoire en réponse sur la Généralité de Paris, qui s’y trouve également, porte cette mention : dressé par l’intendant pour

  1. Voyez la Revue du 1er avril 1897.