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REVUE MUSICALE


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Théâtre de l’Opéra : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, de Richard Wagner. — Théâtre de l’Opéra-Comique : Sapho, livret de MM. H. Cain et Bernède, d’après le roman d’Alphonse Daudet ; musique de M. Massenet.


« Il ne faut pas vingt années accomplies pour voir changer les hommes d’opinion… » Douze années, et non pas même vingt, amènent quelquefois ces changemens, que les sots traitent seuls de contradictions ou de palinodies. Mais quelquefois, devant des œuvres consacrées chefs-d’œuvre par le progrès de l’évolution du goût, un peu de la mode aussi, il peut arriver qu’on demeure presque d’accord avec soi-même et fidèle à son ancienne manière de voir, — de ne point voir, diront ceux qui voient autrement. Ce dernier cas n’est pas très éloigné d’être le nôtre aujourd’hui….

Un des grands défauts, et des plus apparens, des Maîtres Chanteurs, est la disproportion et la disconvenance générale. Elle existe d’abord, et comme en nulle autre œuvre de Wagner, entre le poème et la partition, entre la représentation musicale et le sujet représenté. Faut-il vous rappeler qu’à Nuremberg, au temps des corporations, des maîtrises, et de Hans Sachs, le fameux poète-cordonnier, un beau chevalier de Franconie, Walther de Stolzing, aima la blonde Éva, la fille de son hôte, le maître-orfèvre Pogner ? Mais, de par la volonté paternelle, Éva ne devait être la femme que d’un maître chanteur, de celui-là même qui triompherait dans le concours prochain. En dépit d’un cuistre ridicule et jaloux, Beckmesser ; en dépit des autres maîtres, hostiles d’abord au fier et libre génie du jeune homme ; grâce à la protection et même au sacrifice obscur de Sachs, qui, dans le secret de son cœur, aimait aussi l’enfant qu’il avait vue petite, Walther finit par triompher. Les maîtres l’avaient repoussé, le peuple l’acclame, et