Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/66

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cette époque, il a pris une part très active à toutes les expéditions et à tous les ravitaillemens qui ont été faits dans la province d’Alger. Nous ne sommes rentrés que depuis quelques jours, et nous pensons bientôt quitter notre garnison pour aller établir un camp à quatre ou cinq lieues dans la direction de Milianah. Ce camp servira de poste intermédiaire entre Milianah et Cherchell et recevra les troupes destinées à travailler à la route qui doit joindre ces deux points.

Les résultats obtenus à la suite des expéditions du printemps dans la province d’Alger ont été très satisfaisans : toutes les tribus de l’Ouest sont venues demander l’aman et faire leur soumission. Maintenant, cette paix est-elle bien sincère et les Arabes seront-ils longtemps nos amis ? J’en doute. Aujourd’hui, fatigués et ruinés par une longue guerre, n’ayant plus de centre d’action, ils traitent avec la France qui entretient des forces imposantes chez eux et qui leur fait un pont d’or. Dans quelques années, quand le chiure de l’armée d’occupation sera diminué, qu’un partisan hardi et entreprenant se présente, toute l’Algérie sera de nouveau en révolution !

En France, il est encore quelques individus qui regardent sincèrement l’Afrique comme une bonne école de guerre. Je diffère d’opinion avec eux, et je crois que, si aujourd’hui une guerre européenne se déclarait, les régimens venant d’Afrique ne vaudraient pas ceux qui sont restés en France.

La guerre que l’on fait maintenant en Algérie est tout exceptionnelle et peut tout au plus être bonne pour ce pays : on ne suit aucune des règles prescrites pour la grande comme pour la petite guerre. La discipline est très relâchée ; l’instruction militaire est presque nulle ; on sait à peine marcher et, en voyant comment certains chefs agissent, on ne peut pas même leur accorder le talent de guérillas. On part du bivouac sans savoir ce que l’on doit faire ; chaque chef de corps, en cas d’attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonnes se tiennent à la tête et s’occupent peu de ce qui se passe derrière eux. Que l’arrière-garde soit attaquée, au moment où elle quitte le bivouac, le commandement et la responsabilité appartiennent alors à un chef de bataillon, quelquefois même à un simple capitaine. Ce cas s’est présenté plusieurs fois dans nos razzias. La manière d’opérer une retraite dans les montagnes et en terrain accidenté doit être presque toujours la même, dans un pays où les