Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/65

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Prince[1], et en sous-ordre par moi. Tout en concédant l’énergie, M. le général Bugeaud voulut contester l’à-propos d’un mouvement qui avait décidé les très grands et positifs avantages obtenus. Le Prince, qui, dans l’affaire, avait bravement payé de sa personne, était absent ; je pris la parole, je réprimai cette injustice avec force ; et M. le général Bugeaud fut obligé de s’excuser et de désavouer les intentions qu’on avait pu attribuer à ses paroles. Dès ce moment, j’ai dû le compter au nombre de mes ennemis. Je suis bien dédommagé par l’opinion unanime de l’armée. Le Prince, dont, en définitive, c’était principalement la cause, est extrêmement bienveillant, pour moi. Il désirait m’emmener dans la province d’Oran, mais il a été repoussé. On me laisse comme conseiller, sous les ordres de M. le général Baraguey-d’Hilliers. On se réserve sans doute de me rendre solidaire des fautes qui pourront être commises, sans me laisser une part dans l’honneur du succès. J’ai décliné d’avance toute part de la responsabilité.

Les généraux Tarbé et Duvivier rentrent en France. Quelque fausse que soit ma position, je ne puis penser à quitter avant la fin de la campagne, tant qu’on m’emploiera activement.

Le Duc d’Aumale est charmant ; il a gagné l’estime et l’affection de toute l’armée.


Le capitaine Cler au général de Castellane.


Cherchell, Ier juillet 1842.

Mon général,

Depuis longtemps je devais profiter de l’honneur que vous m’avez fait en m’accordant la permission de vous écrire. Si je n’ai pas profité plus tôt de cette marque d’intérêt, c’était dans l’espoir de vous faire part de mes premières armes en Afrique. Depuis cinq mois que je suis dans ce pays, j’en ai passé quatre en expédition. Pendant ce temps, j’ai vainement cherché une occasion de combattre sans pouvoir la rencontrer. Nous n’avons fait la guerre qu’aux troupeaux, aux habitations, aux récoltes et à la partie la plus infime de la population qui, sans armes et poussée par la faim et la misère, aimait mieux se rendre que de combattre.

Mon bataillon a quitté Cherchell au mois de mars et, depuis

  1. Le duc de Nemours.