Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/84

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j’aime mon état surtout, avec passion, je l’ai aimé toute ma vie et je l’aime encore plus aujourd’hui par reconnaissance des bénéfices honorables qu’il m’a apportés. C’est pour cela que je voudrais voir notre armée glorieuse fortement constituée et mise en état, afin de terminer une guerre devenue ridicule du moment que la véritable résistance de l’ennemi a cessé. Est-il honorable, en effet, de voir une armée de 90 000 hommes tenue en échec par un partisan à la tête de 500 chevaux ? Et est-il possible, en présence d’un pareil fait, de convenir que le rôle de cette armée a continué d’être honorable ? Non, évidemment. Et pourtant, mon général, quels élémens admirables dans notre armée ! Quels braves et bons soldats ! Combien d’abnégation chez eux et de qualités attachantes ! Quels officiers dignes, faciles à conduire et pleins de patriotisme véritable et d’excellens sentimens !

Je termine, mon général, encore une fois pardonnez-moi et permettez-moi d’espérer que vous, dont je respecte tant le caractère, vous dont les nobles leçons ont commencé à former mes idées militaires, vous qui m’avez appris à honorer notre profession, vous accueillerez avec indulgence les plaintes (qui me sont échappées.

Dans quelque temps, peut-être, pourrai-je avoir l’honneur de vous adresser un mémoire que je m’occupe à rédiger et qui a pour sujet : Des causes principales qui rendent impuissans les efforts de notre armée en Afrique et des moyens d’arriver à la fin de la guerre et à la domination complète du pays.

Selon moi, je puis vous le dire dès à présent, les deux causes principales de cette impuissance tiennent à la dispersion extravagante de notre armée, divisée en une multitude de petites colonnes sans lien, sans force, manœuvrant au hasard, et aussi à l’absence de grands établissemens militaires destinés à servir de centres particuliers d’opérations et à former, dans leur ensemble, une base générale de manœuvres. Le développement de cette double proposition m’amène à demander que l’année d’Afrique soit maintenue, pendant un nombre d’années déterminé, à un chiffre de soixante-dix ou soixante-quinze mille hommes, vingt-cinq mille de moins qu’à présent. Et je pense que ce chiffre pourrait être réduit, après trois ou quatre années, à soixante mille hommes. J’espère que les circonstances me permettront d’achever mon travail, et je serai heureux de pouvoir vous l’adresser avant tout le monde.

Veuillez agréer, etc.