Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 146.djvu/441

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subordination. Une armée capable en tout temps de défendre le sol national contre les incursions de l’étranger est la condition même de la « nationalisation du sol ». Si nous avons tous une tendance égoïste à rejeter les charges que l’état social nous impose, — en en revendiquant d’ailleurs tous les avantages, et même en essayant de les accaparer, — une armée seule est capable d’en triompher, j’entends : une armée nationale, dont le fonctionnement même est une leçon de solidarité. Et comment enfin, sans une armée, pourrait-on assurer les « moyens de production » eux-mêmes ? Si vis pacem, para bellum : c’était l’inscription qu’on lisait jadis au seuil de nos « salles d’armes » ou de nos « musées d’artillerie » ? Considérez là-dessus l’organisation du socialisme allemand, et voyez les argumens dont on use pour le combattre. « Vous vous trompez, dit-on aux socialistes, si vous croyez, par les chemins que vous prenez, tendre à une autre fin qu’à la tyrannie de l’État. Pour aboutir à ce beau résultat, vous commencez par abdiquer, entre les mains de quelques meneurs ou d’un conseil anonyme, tout ce que vous avez encore, sous le régime dont vous vous plaignez, d’initiative individuelle. Et la « nationalisation du sol » ou des « moyens de production », dont vos brochures et vos journaux sont pleins, ne signifie en bon allemand, comme sans doute en bon français, qu’asservissement du prolétaire et sacrifice de sa liberté ». Ne sont-ce pas exactement les raisons qu’on entend invoquer contre l’armée par les ennemis de l’armée ? et qu’y a-t-il de plus naturel, si l’on pourrait montrer que l’organisation des armées a servi de modèle inconscient aux revendications les plus précises du socialisme ? Les armées de « métier » sont le phalanstère, et les armées nationales la « socialisation des moyens de défense ».

Veut-on cependant envisager la question sous un autre aspect, plus concret ? Admettons donc pour un moment que l’existence des armées soit incompatible avec le socialisme. Il en résultera tout simplement que l’idéal socialiste est incompatible avec les conditions qui, dans notre Europe contemporaine, sont celles des sociétés civilisées et des nations historiques. Nous sommes Français, avant d’être socialistes ; nous sommes la France ; et la question est de savoir comment nous continuerons de l’être. Est-ce d’ailleurs en continuant de répandre à travers le monde, comme nous l’avons fait depuis cent ans, « les principes de la Révolution » et ceux de la « franc-maçonnerie » ? Est-ce en réagissant