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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril.


« Les élections générales vont avoir lieu. On ne s’en douterait guère, en vérité, à constater le calme de cette campagne électorale. Il semble que les préoccupations extérieures aient absorbé toute l’attention de la nation… Seuls, les comités électoraux poursuivent leur petite besogne de préparation des candidatures… Et la lutte, cette fois encore, se circonscrira à de mesquines considérations de personnes et de partis. » C’est à une correspondance, datée de Tokyo, 17 mars, que nous empruntons ces lignes, — voyez le Temps du 26 avril, — mais elles pourraient être aussi bien datées de Paris, 1er mai 1898 ; et nous avons le droit d’en conclure qu’il y a sans doute quelques différences entre notre « frère jaune » et nous, — de ces fameuses différences de race ! — mais elles s’évanouissent en temps de campagne électorale. Voilà en effet plus d’une quinzaine de jours que la campagne est ouverte en France, mais on ne s’en douterait guère ! C’est à peine si, dans leurs journaux, quelques candidats plus bouillans échangent de rares injures. Ni les promesses de leurs affiches, ni les provocations de leurs discours, ni les airs menaçans que prennent quelques-uns d’entre eux ne réussissent à tirer les électeurs de leur calme. Personne, même à Carmaux, ne semble attendre sa perte ou son salut du triomphe de M. Jaurès. Paris, un peu étonné de la quantité de « députés sortans » qu’il ne se connaissait pas, ou dont il avait, depuis quatre ans, oublié jusqu’au nom, ne s’émeut seulement point à l’idée d’être privé de M. Brisson… Et tout irait enfin le mieux du monde, si, de cette indifférence, on ne craignait de voir sortir une Chambre encore trop semblable à celle qui s’en va.

Mais faut-il vraiment le craindre ? et pourquoi cette indifférence, que l’on pourrait appeler du nom de calme, ne serait-elle pas un signe d’apaisement ? Il se peut qu’elle soit un signe de lassitude ou de dégoût du parlementarisme, mais elle peut en être un d’apaisement des passions. Et puis, dans un pays de suffrage universel, et de suffrage universel