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en mollesse ; chez les Anglais, l’esprit d’indépendance engendre souvent le dessèchement et l’égoïsme. Rien de pareil ici. Une fermeté affectueuse d’un côté, un respect spontané de l’autre, caractérisent les relations entre les parens et les enfans. Le foyer est remarquablement stable ; les vues y sont larges et les convictions solides. L’esprit familial est si fort que, malgré les conditions transformées de la vie moderne, beaucoup de carrières demeurent héréditaires. Ce sont, en tout cas, les parens qui décident si leur fils suivra le gymnase ou l’école moyenne, et, à moins de dispositions hors ligne ou d’un goût très tranché chez celui-ci, ce choix leur est dicté par leurs préférences ou leurs convenances personnelles.

Le gymnase est le temple de la culture classique. On n’y fait presque point de langues vivantes et peu de « sciences. » Le grec et le latin dominent avec la littérature hollandaise et l’histoire, — cette dernière enseignée, comme chez nous, à grand renfort de dates et de faits de guerre. À l’école moyenne, le programme comporte les trois langues : anglais, français, allemand, et les sciences, plus la littérature hollandaise, l’histoire et la géographie, la comptabilité, etc. Chaque ville importante possède un gymnase. Les écoles moyennes sont plus nombreuses encore. Il y en a de trois sortes : la durée du cours y est de trois, quatre ou cinq années. Cette disposition est heureuse. Notre erreur a toujours été de donner à l’enseignement secondaire et à l’enseignement supérieur un caractère intégral et de n’en point faire des séries de cours dont chacun puisse prendre ce qu’il veut ou ce qu’il peut. Le gymnase et l’école moyenne délivrent des certificats d’études à la suite d’examens de sortie qui ne sont destinés qu’à fournir des élémens d’appréciation supplémentaire et à compléter de la sorte les notes données directement par les professeurs. Donc pas de baccalauréat. Pas de « philosophie » non plus, ni dans l’établissement classique, ni dans l’établissement moderne. Voilà une fâcheuse lacune à laquelle il serait urgent de remédier. Peut-être n’en faudrait-il pas davantage pour mettre en valeur la culture d’ensemble des écoles moyennes. On y travaille en général plus qu’au gymnase. Plusieurs professeurs n’ont pas craint de me dire même qu’on y travaillait trop. En ce cas, le résultat ne correspondrait pas à l’effort, si l’on en croit les témoignages des étrangers qui ont visité ces écoles et en ont interrogé les élèves. « Les jeunes gens qui en sortent à dix-sept ans, a écrit