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l’éducation en hollande.

l’un d’eux, ne me semblent pas munis pour le reste de leur vie. Leur instruction ne me paraît ni assez étendue, ni assez profonde. Je vois bien l’instruction et l’éducation techniques qu’ils acquièrent. Je ne vois pas la base solide de connaissances sans laquelle ils ne peuvent pas asseoir des observations et édifier des théories, conditions indispensables du progrès. » Faut-il en accuser l’absence de tout contact classique ? Les professeurs de lettres, en Hollande, insistent volontiers sur la supériorité intellectuelle de leurs élèves. J’ai remarqué que les professeurs de sciences se bornaient à proclamer les leurs non inférieurs à leurs camarades. Il y a une nuance, et cette nuance est d’autant plus intéressante à noter que jamais, je le crains, nous ne serons à même d’enseigner, chez nous, les langues vivantes comme elles sont enseignées ici. La raison en est simple. Les Hollandais, qui aiment leur langage, qui l’apprennent à fond, et le parlent habituellement entre eux[1], se rendent parfaitement compte de leur infériorité numérique et savent que, pour se maintenir à l’avant-garde de la civilisation, ils doivent connaître aussi le langage des peuples qui les entourent. Aussi l’allemand, le français et l’anglais leur sont-ils familiers. Dans les milieux intellectuels et commerciaux comme dans les classes riches, on arrive à les parler avec une perfection rare. Revues, livres, journaux illustrés pénètrent dans les demeures hollandaises sous leur forme originale. Cela crée pour l’écolier une atmosphère bien différente de celle qu’il respire chez nous. Il n’est pas obligé de s’attarder sur la syntaxe ou de pâlir sur le dictionnaire ; un simple lexique lui suffit et très vite il peut aborder l’étude de la littérature. Ses professeurs, dont la tâche gagne singulièrement en intérêt, sont à même de le mener loin et les occasions ne lui manquent pas de faire usage des connaissances qu’il acquiert ainsi. Au gymnase, on suppose que la base en est déjà acquise avant d’entrer, et l’on compte qu’il les

  1. Beaucoup de personnes s’imaginent que le hollandais est un simple dérivé de l’allemand. Il n’en est rien, malgré la similitude d’un grand nombre de mots et de certaines tournures de phrases. Le comte de Bylandt, qui fut depuis ambassadeur à Londres, représentait une fois les Pays-Bas dans un congrès où Bismarck représentait la Prusse. C’était avant 1870. Le diplomate néerlandais ayant, dans l’après-midi, remporté un léger avantage sur son collègue prussien, celui-ci voulut se venger le soir à table. Comme la conversation tombait sur les différentes formes du langage : « Votre langue, monsieur le comte, dit très haut Bismarck, c’est ce que nous appelons un dialecte. » M. de Bylandt s’inclina respectueusement : « Un dialecte, effectivement, monsieur le comte, répondit-il, mais qui possédait une littérature avant que le vôtre eût une grammaire. »