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l’éducation en hollande.

liques, qui sont très nombreux, — près des deux cinquièmes de la population totale, — des juifs et des sectes dissidentes devenues négligeables, il y a un parti qu’on pourrait appeler vieux-protestant, dont l’influence est en proportion non de son importance numérique, mais des ressources dont il dispose. Le fait que ce parti a créé à Amsterdam une université libre en rivalité avec celle de l’État indique suffisamment quelles sont ses tendances et ses prétentions. Les catholiques, d’autre part, veulent avoir leurs écoles élémentaires à eux et, là surtout où ils ont la majorité, comme dans le Limbourg, ils réclament des subventions ou des exemptions fiscales correspondantes aux charges qu’ils s’imposent pour soutenir leurs écoles. Enfin, si le corps des professeurs de l’État fait preuve en toute circonstance d’un esprit de tolérance qui l’honore, il n’en voit pas moins de mauvais œil des entreprises susceptibles de semer dans la nation certains germes de discorde. On peut se rendre compte par là que la paix religieuse risquerait d’être compromise, si l’existence de l’externat dans les écoles moyennes et les gymnases n’en favorisait le maintien en laissant chacun libre de régler à son gré l’instruction religieuse de ses enfans. Enfin je crois qu’on peut citer au nombre des motifs qui rendent l’externat populaire l’économie très sensible qui en résulte pour l’État. Les Hollandais ont de l’État une conception également éloignée de celle des Anglo-Saxons ou de la nôtre. Nous en faisons, nous, une idole qui reçoit nos hommages et engloutit nos millions ! Aux yeux des Hollandais, l’État, c’est la chose publique au sens républicain du mot. Ils le respectent infiniment, mais le renferment avec soin dans ses attributions, afin qu’il n’empiète pas sur leur vie privée et ne leur coûte pas trop cher. L’enseignement fait partie des attributions de l’État, mais l’enseignement seul. On se garde d’en faire un maître de pension. On le charge de veiller à la distribution de la science et non à celle de la soupe. Cela simplifie beaucoup les choses. L’administration, qui est d’ailleurs établie sur les mêmes principes de hiérarchie et de contrôle que la nôtre, est peu nombreuse. Les bàtimens, l’installation, le matériel sont sans prétentions, souvent même rudimentaires. Point de ces « palais scolaires » où la fantaisie de nos architectes a pris plaisir à s’entraîner et où nos hygiénistes ont appliqué tant d’innovations coûteuses et souvent inutiles. Esprit de simplification et esprit d’économie, voilà ce que je note à chaque pas dans l’organisation de cette partie des services publics.